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un samedi aux enchères de Drouot : une journée pas comme les autres

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Pour passer une journée atypique, on a tout misé sur les ventes aux enchères de l’Hôtel Drouot

A force d’écumer les salles de cinéma, de tester les meilleures tables de Paris et de parcourir des kilomètres d’expos recommandées par Time Out – il faut bien cela pour compenser les pantagruéliques brunchs que nous vous conseillons chaque semaine –, vous ne savez plus comment pimper votre week-end. L’envie vous prend soudainement de tenter une nouvelle aventure, de vivre une expérience inédite histoire de casser la routine ? Ok, pas de problèmes : avant de vous lancer sur un coup de tête dans un baptême de l’air ou un saut à l’élastique, pourquoi ne pas essayer quelque chose de moins violent mais de tout aussi original : assister à une vente aux enchères.

Car, vous ne le saviez peut-être pas, mais l’Hôtel des ventes Drouot – il en existe deux dans la capitale mais le plus important se situe au 9 rue Drouot, dans la continuité de la rue Richelieu – ouvre régulièrement ses portes au public. Particulièrement les premiers samedis du mois et le jeudi en nocturne jusqu’à 21h. Chineurs invétérés, amateurs d’art ou simples curieux peuvent ainsi passer une journée entière à se balader entre les seize salles du lieu, véritable machine culturelle.

© C.Gaillard

 

On a visité le « Rungis de l’art »

Il faut dire que les chiffres de cette institution (existant depuis 1850, soit l’une des plus anciennes au monde) donnent le tournis : 500 000 objets vendus par an, 4 à 5 000 visiteurs par jour et plus de 74 sociétés de vente affiliées parmi lesquelles la prestigieuse maison spécialisée en joaillerie Millon, Artcurial ou encore Pierre Bergé & Associés. Bref, pour gérer tout ce beau monde, mieux vaut avoir une organisation bien rôdée.

Heureusement, c’est le cas ! Tous les matins et tous les soirs, de gros camions viennent décharger des objets d’art divers et variés (tableaux, art contemporain, photographies, accessoires de mode ou mobilier du XVIIIe) sur un quai de livraison en sous-sol (auquel nous avons exceptionnellement eu accès en empruntant le monte-charge). Ici, on y entrepose aussi les œuvres à vendre par typologie et on y trouve également le service de contrôle des métaux précieux, chargé de vérifier le poids, la teneur en or et le poinçonnage des bijoux qui transitent. Un lieu de stockage qui, en apparence, nous a un peu fait penser au marché de Rungis avec ses dédales de murs blancs et de portes blindées.

 

© T.Sevin

 

© T.Sevin

 

Les visiteurs, eux, franchissent le seuil des lieux de manière plus civilisée : par les portes vitrées. Dès l’ouverture, à 11h, on se presse sans se marcher dessus dans le hall lumineux et sur les escalators menant aux salles à l’étage, façon centre commercial moderne. Les ventes aux enchères ne débutant toutefois pas avant 14-15h de l’après-midi, la journée commence toujours par un repérage dans les espaces d’exposition thématisés. Ce jour-là, samedi 1er octobre, « Paris mon amour » est à l’honneur dans une pièce présentant majoritairement du mobilier métropolitain : un indicateur d’itinéraire vintage, de vieilles banquettes en bois, des plaques de station de Métro, etc.

 

© T.Sevin

 

© T.Sevin

Dans une salle adjacente, on admire la collection photographique la plus cinéphile qu’il nous ait été donné de voir avec ses tirages originaux de Brigitte Bardot et Picasso, Louis de Funès ou même de ‘La Belle et la Bête’ par Jean Cocteau. On rit ensuite devant des planches signées Testu, Gus, Faizant, Barberousse, etc. Et on se perd avec plaisir dans un cabinet de curiosités, entre un diodon sous vitrine, un pupitre d’écolier, des bouteilles de vin, des maquettes ferroviaires, des petits soldats de plomb ou un fauteuil de barbier. Une salle, une ambiance en somme. 

© T.Sevin

 

 

Non, on ne vient pas forcément à Drouot pour se ruiner

A force de s’émerveiller face à tant de beauté et/ou de singularité – tout ayant principalement appartenu à des particuliers puis été mis en vente par leurs successeurs –, on en vient à se demander si on ne va pas craquer. Avant de se ressaisir : après tout, on n’a pas spécialement envie d’être fiché à la Banque de France parce ce qu’on s’est offert une montre à gousset vintage. Finalement, tiraillé, on se décide à jeter un œil au prix d’estimation de cette dite montre sur le catalogue feuilletable à l’entrée de chaque salle : seulement 120 € ! Sachant que le prix de départ sera bien plus bas et que les enchères autour de ce vénérable vestige en assez bon état ne s’envoleront peut-être pas, on se dit qu’il reste encore un espoir. 

Comme pour cette pochette Coco Chanel mis à prix à moins de 400 €. Allez hop ! On note aussi sa référence dans notre calepin, histoire de s’en souvenir lorsque les enchères seront ouvertes. S’effondre alors un mythe que l’on pensait inébranlable : non, les ventes aux enchères ne sont pas forcément élitistes. Accessibles à tous gratuitement, l’Hôtel Drouot voit s’échanger des tableaux de maîtres pour cinq millions d’euros, certes, mais aussi des toiles pour 50 €. Voire moins, comme nous nous en rendrons compte plus tard…

© T.Sevin

 

Dans une effervescence de chiffres, un tourbillon de mains levées

A 15h pétantes, après un copieux déjeuné à L’Adjugé, le chic restaurant des lieux, l’heure a sonné : il est temps d'assister à une vente aux enchères. Ce samedi après-midi, trois se tiennent simultanément : une de bijoux de prestige, une de tableaux et une d’objets décoratifs hétéroclites. On prend place dans la salle numéro 15, tendue de velours rouge et de toiles attendant que vienne leur tour de défiler sur le chevalet. Le marteau frappe le début de la vente, le silence s’installe entre les rangées de chaises. Les hostilités peuvent commencer.

Un expert introduit les œuvres en énonçant le titre, l’auteur, la date, le style et l’état de la pièce présentée, lorsque ceux-ci sont connus. Le commissaire-priseur, lui, donne le prix de départ et patiente, le marteau en l’air, espérant que les gens enchérissent. Ce qui ne tarde pas à arriver : « 300 », « 400 », « 450 », « 500 »… Les chiffres fusent, les montants s’égrainent en direct sur un écran de télévision permettant de consulter la progression, les mains des acheteurs se lèvent puis se rabaissent avec une rapidité déconcertante. On essaie de les suivre des yeux, mais les sommes rebondissent si vite d’une personne à l’autre qu’on croirait suivre un tournoi de Roland-Garros. Les bras serrés le long du corps, on se dit que ce n’est pas le moment de se gratter la tête.  

© T.Sevin

Avant d’adjuger, le commissaire-priseur tente de faire grimper les enchères une dernière fois : « Vite, vite, 4 000 € pour les ‘Chèvres’ de Lazar ». Personne ne bronche. Un coup de marteau sec clôt la vente dans un bruit sourd. Le dernier enchérisseur et futur acquéreur donne ensuite sa carte bancaire ou un chèque en blanc à l’expert contre un bordereau de retrait. Une fois le bien payé, il pourra ainsi répartir avec son achat, au plus vite car il y a des frais de stockage. En trois minutes, nous sommes déjà au lot numéro 5. Une prouesse permise par les agents de Drouot (tous vêtus de l’uniforme chemise blanche/cravate rouge/tablier noir) qui se chargent de sortir les objets du magasin – pièce de stockage attenante à la salle de vente – et de les installer précautionneusement mais à toute vitesse sur les chevalets. 

Sur le côté gauche, quatre experts sont au téléphone avec des clients et surenchérissent pour eux. Pendant ce temps, les observateurs de ce ballet effréné sortent et rentrent à leur guise. Heureusement que le parquet ne grince pas ! Nous les imitons pour aller faire un tour dans la salle en face, où beaucoup d’argenterie et une belle maquette de bateau trois mâts peinent à trouver preneur. Pour l’occasion la commissaire-priseur devient donc VRP de luxe : « Allez, c’est un joli cadeau, ça dépanne », hasarde-t-elle. Rien n’y fait, le lot est « retiré faute d’enchères », ce qui est plutôt rare. Puis vient une eau-forte qui, ne suscitant pas plus d’intérêt que cela, se retrouve soldée à 10 € au lieu de 50 € : une affaire ! « Je ne brade pas, j’attire », ironise la commissaire, sans se départir de son sourire. La salle rit, l’ambiance est à la fois sophistiquée et détendue. On a l’impression d’assister à une pièce de boulevard sans avoir eu à payer notre siège. La vente devient alors spectacle et la frénésie laisse place à la surenchère... de rires. 

© T.Sevin

Quoi ? Vente aux enchères à l'Hôtel Drouot.
Où ? 9 rue Drouot, Paris 9e.
Quand ? Du lundi au vendredi de 11h à 18h, le jeudi soir en nocturne jusqu'à 22h et chaque premier samedi du mois.

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