C’est la magie de la nuit à Paris : longtemps ignoré, le reggaeton est aujourd’hui le roi des soirées parisiennes, qu’elles soient branchées ou populaires. DA de la Terrasse Latino du Cabaret Sauvage, qui ne désemplit pas tous les vendredis de l’été, Daniel Romero, alias DJ El Dany, boit du petit-lait (de coco). A 43 ans, ce DJ d’origine chilienne et portoricaine se souvient de ses premières soirées dans des petites salles de banlieue il y a vingt-cinq ans : « Il n'y avait même pas de soirées reggaeton, c’était des soirées latino où l’on entendait quelques hits reggaeton. Il n'y avait pas de vrai mouvement. »
A l’époque, il rêve encore de devenir percussionniste de salsa, sa première passion héritée de son père collectionneur de vinyles. Il part de longs mois à Porto Rico, où se sont installés ses grands-parents maternels, des magiciens chiliens ambulants, après avoir traversé l’Amérique latine avec leur spectacle. Là-bas, il assiste aux débuts du reggaeton à San Juan. A son retour, c’est derrière les platines qu’il choisit de faire des tours de passe-passe.
Merci Bad Bunny
Il se lie à d’autres pionniers du mouvement à Paris, DJ Nelson et DJ Pauleta, monte une soirée, La Totale, et fait venir des artistes de Porto Rico, jusqu’au roi Daddy Yankee, qui chante « Gasolina » en 2010 au Zénith. En première partie ? El Dany, qui voit le feu reggaeton monter. L’embrasement se produit à la fin de la décennie, avec les hits mondiaux « Despacito » et « Mi Gente ». Et depuis le succès de Bad Bunny, l’engouement pour les cultures latines ne se dément pas. « Bad Bunny, je lui dis merci, car grâce à son dernier album, les gens sont plus ouverts aux musiques folkloriques, et moi, j’ai toujours été dans ce mélange entre roots et moderne », explique El Dany.
Le changement est visible dans ses soirées, de plus en plus diverses, où il s’efforce de réunir toutes les communautés latines. « Ce n’est pas toujours évident de mélanger des chansons colombiennes avec des ambiances péruviennes, dominicaines ou cubaines. Il y a des sensibilités différentes dans la musique latine, et au Cabaret Sauvage, on a réussi à trouver ce compromis, avec en même temps une population de Parisiens de plus en plus fans de musiques latines, parfois plus que les Latino-Américains ! »
