A Paris, les températures grimpent dangereusement, et les saunas n’ont jamais été aussi remplis. Ce n’est pas ce que vous croyez : depuis le printemps, de nouveaux espaces associant bien-être et sociabilité ont ouvert dans la capitale. Dans le 9e arrondissement, Re-Set se présente ainsi comme un « Social Wellness Club », et souffle le chaud et le froid. Rien à voir avec votre manipulateur d’ex : Re-Set propose de suivre une « thérapie par contraste », soit une alternance entre sauna chaud et bain froid pour favoriser la récupération, la libération de dopamine et d’endorphines, mais aussi les rencontres.
« Nos sessions de free flow [séances en autonomie, non guidées, ndlr] sont organisées en deux modes : quiet, pour ceux qui veulent se recentrer, ou social. Ces moments-là sont pensés pour remplacer un verre ou un resto : il s’agit de passer un moment avec un proche, voire de rencontrer d’autres participants », nous explique Thomas, cofondateur de Re-Set. Dépossédés de notre deuxième cerveau, le téléphone, et livrés à nous-mêmes, on devient plus enclins à partager des choses avec les gens.
Sauna, bain froid, et plus si affinités
Un espace intermédiaire du club, l’Agora, permet de poursuivre la discussion. « J’ai vu des gens qui ne se connaissaient pas quitter une session ensemble pour aller boire un matcha », confie Thomas. Différence notable avec les hammams parisiens bien installés : ici, la mixité est assumée jusqu'aux vestiaires, et les petits comités sont préférés aux grandes salles collectives.
Cette envie de retisser du lien par le corps, on la sent poindre à Paris depuis plusieurs années. La Montgolfière, déjà, s’était différenciée de ses concurrents en introduisant la formule « Social Sports Club » en 2018. Le concept a fait ses preuves avec aujourd’hui trois clubs à Paris, et presque autant d’événements et DJ sets que de cours donnés. On vient pour transpirer, mais surtout pour ne pas transpirer seul. Le phénomène est chiffré : dans son rapport Fall 2025 Wellness Watch, ABC Fitness indique que 57% des consommateurs à travers le monde affirment que l'interaction sociale est la principale raison pour laquelle ils rejoignent une communauté sportive – les burpees remplaçant ici les gin-fizz.
Une pratique hors compétition
Pour César, membre de La Montgolfière depuis la première heure, l’ambiance du club a été déterminante : « Je n’arrivais pas à être assidu dans des salles impersonnelles. Le fait de pouvoir croiser les membres dans d’autres espaces que ceux des cours, de participer à des événements annexes, ça inscrit vraiment la pratique dans ton quotidien. Finalement, c’est un lieu où on se sent bien, et où on ne ressent aucune compétition. J’y ai trouvé une forme de bien-être mental. » Chez Re-Set, on s’affranchit de la notion même de performance (même si rester dans le bain froid le temps imparti ne va pas de soi). On s’y rend pour se faire du bien, à plusieurs, sans prendre le risque de se faire mal.
Les grandes villes ont grand besoin de repos, et les clubs privés historiques suivent la tendance. À la Soho House, on mise moins sur les soirées festives et plus sur les nouveaux Soho Health Clubs, implantés dans la plupart des adresses à travers le monde. Dans celle de Paris, à Pigalle, les plannings des cours de sport ont été étoffés, un nouvel espace leur est dédié et un bar à smoothies est venu faire de l’ombre aux traditionnels cocktails. Même les night-clubs s’y mettent, comme le Silencio qui organisait le 28 mai pour la première fois un événement bien-être, à la croisée du yoga et du concert, en partenariat avec Corps Society.
Quelque cinquante ans après le déclin des bains publics, les Parisiens ont de nouveau envie de bains collectifs, comme en attestent les 6 000 réservations enregistrées par Re-Set dès son premier mois. Des bains publics dans des clubs privés, et facturés assez cher, certes, mais pas beaucoup plus qu’une soirée passée dans un bar ou un resto. Sans oublier que les moments de convivialité en toute sobriété ont bien souvent été remplacés par du temps d’écran… Des nouvelles formes de lien social qui montrent que les nouvelles générations, si elles boivent moins d’alcool que les précédentes, n’ont pas renoncé à se retrouver.

