Monde icon-chevron-right France icon-chevron-right Paris icon-chevron-right On a interviewé J.C. Satàn au cimetière du Père-Lachaise
Actualités / Musique

On a interviewé J.C. Satàn au cimetière du Père-Lachaise

JC Satan
© Maud Lecompte

Depuis dix ans, J.C. Satàn marche sur toutes les scènes du continent. Avec leur cinquième album Centaur Desire – le deuxième chez Born Bad Records –, les Bordelais livrent un classique du rock à même de les faire passer à la postérité. Rencontre au Père-Lachaise, la plus célèbre dernière demeure française.

La balade avait débuté peu avant, dans un café attenant au cimetière. Paula, Dorian et Arthur venaient de passer une sacrée nuit, même pas une heure de sommeil pour le dernier cité. J’avais beaucoup intellectualisé autour de leur disque et sur l'évolution du son du groupe. Du garage qui sentait le sang, la sueur et les larmes, nous voilà passer à une production et des compositions d'orfèvre à même de labelliser J.C. Satàn comme « l'incroyable groupe à faire écouter d'urgence à tous tes potes qui pensent que le rock s'écoute sur OUI FM ». Car oui, le propos de Centaur Desire est clair : il vise le sommet.

Cela faisait un sacré bout de temps que je rêvais d’associer J.C. Satàn et le Père-Lachaise. C'est drôle comme se font les associations d'idées. Il y a quelque chose de presque mystique à regarder notre cerveau joindre certaines choses. Le lien entre ces obscurs rois et ce cimetière devenu musée ? Aucun, à part peut-être mes souvenirs de cours sur la Commune de Paris et l’impression que J.C. Satàn au Père-Lachaise, ça aurait sacrément de la gueule.

Mais au final, il se pourrait bien que le cimetière de l’Est parisien soit l’endroit idéal pour interroger le plus hérétique des groupes français. De Centaur Desire, il se dégage une quiétude, une plénitude, une liberté incroyablement créatrice. Plus j’écoute ces 11 titres et plus les cinq membres de J.C. Satàn semblent prendre les traits de Communards musicaux du contemporain, montant « à l’assaut du ciel » de la pop music. Le père Lachaise était le confesseur de Louis XIV, voici les aveux des rois soleil du rock français. 

 

"L'arbre de la liberté"
© Maud Lecompte

 

Time Out Paris : Avec cet album, vous sortez clairement de votre zone de confort. 

Paula (chant) : A mon avis, tu vas avoir tous les vieux garageux qui vont nous détester. Et ceux qui aiment la pop mainstream qui ne vont pas comprendre non plus. 

Les gens aiment bien placer dans des cases, notamment dans la musique.

Arthur (guitare) : Il faut arrêter de prendre les gens pour des cons. Aujourd’hui, la moitié des groupes de garage psyché en font juste parce qu’ils ont foutu un putain d’effet sur leur voix. T’as des morceaux de Syd Barett avec juste une guitare sèche et une voix. Ecrire de la musique psyché ou garage, c’est dans ta composition : les accords, les arrangements. Moi, je mets de moins de moins d’effets sur les voix parce que ça met en avant les morceaux. Faire de la musique psyché, c’est quoi ? C’est faire un clip avec des lampes à huile, mal se coiffer, mettre une chemise à jabot et ne jamais regarder la caméra ? 

Il y a une remarque que j'avais trouvé très juste, c'était celle de Pierre de  Petit Fantôme qui m'avait confié qu'en écoutant les prémix de votre album, il avait eu l'impression d'entendre un « Sgt. Pepper’s du garage ».

Arthur : J’avais halluciné lorsqu’il m’avait dit ça.

Qu'est-ce qui a pu lui faire penser ça ?

Arthur : Après Pierre, c’est un gros suce-boules. On se connaît depuis bien longtemps et il sait ce qu’on adore et ce qui va nous toucher.

Cet album, c'est aussi celui où vous avez su enlever tout superflu. Comme sur le premier titre I Won’t Come Back qui s’arrête net, alors qu’il aurait pu y avoir un long solo dans un disque précédent.

Arthur : Ce titre s’arrête sec parce que j’aimais bien cette sensation d’intro et bam, tu arrives directement dans Centaur Desire. Comme si tu avais la sensation de rentrer dans l’album au deuxième morceau. J’aime bien les faux départs. C’est un test pour le gars qui va écouter le disque à la Fnac. Est-ce qu’il va passer les 30 secondes de blanc ou juste être un putain de consommateur de merde et dire : « Ha mais y a rien qui se passe… » 

[Intervention de Jean-Baptiste Guillot aka JB Wizz, boss de Born Bad, qui veillait au grain depuis le début de l'interview]
JB Wizz : Avec ce disque, vous vous éloignez complètement de tous les gimmicks inhérents à la production garage. 

Arthur : Ça fait longtemps qu’on s’en est éloigné. On essaye d’utiliser d’intelligemment les artifices du garage. Parce exemple, quand on va utiliser une fuzz très sale, on va chercher à en comprendre chaque détail. On ne fait pas du sale pour faire du sale, on le fait parce que c’est un son typé.

Votre évolution se ressent peut-être bien plus au niveau des voix.  

Dorian (claviers) : Encore une fois, on a vraiment mieux produit donc il y a plus d’espace pour tout.

Paula : C’est drôle parce que la première fois que ma grand-mère a écouté le tout premier album, elle m’a dit, au moment du troisième morceau : « Mais c’est quand que vous chantez ? »

Arthur : Avec le temps, on évolue, on devient un peu plus chanteurs.

JB : Tu te décomplexes, tu te mets davantage en danger. C’est beaucoup plus dangereux d’assumer des voix claires, une production correcte et bien plus confortable de tout noyer dans des reverbs, des distos, bref tout ce folklore garage. 

A mon avis, votre réputation de groupe live fait qu’on attend certaines choses de vous sur vos albums. Je me souviens de Manuel Jesus des Blondi’s Salvation me disant qu’il pensait que vous gagneriez à enregistrer live. Au final, vous arrivez à être plus puissants en peaufinant la production comme jamais.  

JB : C’est le même style de fantasme que l’enregistrement tout analogique. Je n’ai jamais réellement entendu de bons albums sortant complètement en analogique sur les vingt dernières années.  

Arthur : On ne fait pas la même chose sur scène que sur un album. On ne va quand même pas mettre les gens dans un fauteuil pour un live ! Si on enregistrait tout live, quel serait l’intérêt pour les gens de venir se prendre une claque en concert ? C’est quoi cette idée de merde ! Tu t’enlèves tellement de possibilités. Le studio est un laboratoire où tu peux avoir des milliers d’idées et où tu as le droit à l’erreur. Pourquoi te contraindre alors que la scène est déjà là pour ça ? 

© Maud Lecompte

 

Parlons des chansons en elles-mêmes et notamment d’Erika. Je me questionne beaucoup sur celle-ci, je suis allé assez loin…

Arthur : Ha tu peux aller jusqu’en Chine !

C’est une personne ou est-ce le pétrolier qui s'est échoué en 99 ? 

Paula : Tu es la deuxième personne à nous dire ça !

Je dis ça parce que ça me donne vraiment l'impression d'être dans un bateau qui tangue et finit par couler.

Paula : C’est une fille qu’on a rencontrée en Chine et avec qui j’ai beaucoup parlé. On se retrouvait sur plein de choses et notamment sur le fait qu’on écrivait des textes lorsqu’on était bourrée. Je lui ai dit : « Je vais noter ce que tu me dis. » Elle me parlait de ses rêves, qu’elle rêvait souvent de violet, de vert. Ce sont à peu près des phrases prononcées, des choses ressenties, sur le fait qu’elle ne va vraiment pas bien en Chine, qu’elle veut partir, qu’elle est méga-parano…

En parlant d’alcool, vous avez un titre qui s’appelle Drink, Dope and Debauchery.

Arthur : Fallait venir hier soir… Tu aurais tout compris. 

J’ai d’ailleurs lu pas mal d’articles sur le fait que t’avais une descente qu’on n’aimerait pas remonter à vélo.

Arthur : C’est à cause de vous les journalistes que ma mère pense que je suis alcoolique ! 

Pour ce qui est de l’ultime titre, Libera. Vous y parlez de futur et d’une destinée brillante… 

Paula (chant) : Attends, j’essaye de me rappeler des paroles !

A quel destin faites-vous référence ?

Paula : Tu sais, on n’est pas aussi philosophes que ça…

Je me disais que vu que c’était le dernier titre, peut-être annonçait-il quelque chose. 

Arthur (chant/guitare) : Quand on fait un disque, on ne connaît pas forcément l’ordre final des chansons. 

Paula : C’est juste une nana qui dit : « Je ne vais plus écouter les gens qui parlent autour de moi, je dois faire ce que j’ai envie de faire. » Et la voix d’homme lui répond: « T’as un futur brillant. » 

Ce n’est pas le futur de JC Satàn ?

Arthur : On n’est pas du tout aussi méta ! On ne réfléchit jamais aussi loin, on va plus être dans le concret.

Finissons avec le titre de votre album Centaur Desire : si J.C. Satàn était un dieu antique, quel pouvoir aurait-il ?  

Arthur : Ce serait Bacchus. Avec le pouvoir de se saouler sans avoir à dépenser d’argent ! Je ne prends pas de médocs, j’aime bien sentir ma gueule de bois, ça me maintient dans l’idée que ce n’est quand même pas bien ce que je fais...

© Maud Lecompte

Retrouvez J.C. Satàn dans tous les meilleurs bars du pays et notamment à la Maroquinerie le 11 avril prochain (Billetterie)

Pour leur disque, c'est ici.

Advertising
Advertising

Commentaires

0 comments