Exposition itinérante née au Victoria and Albert Museum de Londres en 2022, Africa Fashion a depuis traversé New York, Portland, Chicago, Melbourne et Montréal avant de poser ses valises à Paris. Un passage peut-être symbolique dans la capitale mondiale de la mode, où la création africaine peine encore à s'imposer à la hauteur de son talent. L'exposition entend y remédier en offrant un panorama généreux d'une scène bouillonnante, aussi diverse qu'inventive.
C'est bien la sensation que donne cette exposition-fleuve, triple en quelque sorte. L'exposition originale du V&A retrace l'émergence de la mode africaine depuis les indépendances des années 1950 jusqu'aux propositions les plus actuelles. Elle s'enrichit, grâce aux collections du musée du quai Branly, d'un regard chronologique sur la photographie africaine et son rapport au vêtement, ainsi que d'une section finale consacrée aux traditions textiles du continent. Des ajouts qui renforcent la profondeur d'un sujet loin d'être superficiel, tout comme la façon de le traiter. L'attention au détail se manifeste jusque dans la conception des mannequins, plus incarnés qu'à l'accoutumée, mais aussi dans la production d'interviews vidéo et d'un shooting photo signé par le styliste Ib Kamara. Plus qu'un panorama des créations africaines, l'exposition donne à saisir l'étendue et l'importance de la mode sur le continent et invite, au passage, à repenser notre propre rapport au vêtement : autant qu'ailleurs, sinon plus, le textile y revêt une dimension politique et identitaire, répond à une nécessité économique et sociale, et témoigne de l'excellence d'un artisanat au service de créations aussi luxueuses que quotidiennes.
Si les connaisseurs reconnaîtront des noms comme Kenneth Ize, Thebe Magugu ou Lukhanyo Mdingi, Africa Fashion met aussi en lumière des figures oubliées ou qui méritent d'être (re)découvertes, créateurs comme photographes. On y apprend également beaucoup sur les tissus, leurs techniques et la singularité de certains vêtements, avec profondeur et intelligence, mais sans expertise préalable requise. La richesse documentaire et les nombreux éléments de contexte en font d'ailleurs un incontournable, même pour ceux que la mode laisse d'ordinaire indifférents. De quoi confirmer les cinq étoiles que Time Out avait déjà attribuées à l'exposition lors de son passage à Londres en 2022.

