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Critique
Après trente ans de règne, Régine Robert d’À la Renaissance a donc passé la main dans ce monument de bistrot qu’elle régentait avec une poigne de velours, telle une Catherine de Médicis du zinc. En habiles repreneurs, Carina Soto Velásquez et Joshua Fontaine de Quixotic Projects (Candelaria, Mary Celeste) ménagent l’ancien et le moderne pour accorder l’adresse au temps présent sans dénaturer son esprit 50’s : banquettes de moleskine, box hitchcockiens, néons chauds au service d’une élégance retrouvée derrière la poussière des lambris.
Le chef sud-coréen Minwou Choi (passé par le Dauphin) fait dans la rétronomie bien tempérée, entre minimalisme et nostalgie. Ce soir-là, en entrée, on se régale d’artichauts poivrade agencés avec grâce dans une vinaigrette dense (15 €) et d’indispensables cèpes poêlés au naturel (21 €). Puis on croise la fourchette sur un grand plat à partager digne d’un notaire de province sous Pompidou : un très kiffant faux-filet maturé d’un demi-kilo se mirant dans sa sauce à l’estragon judicieusement poivrée, escorté de frites allumettes et de salade (69 € à partager), et un vol-au-vent de légumes joli comme une céramique ancienne et bon comme tout (23 €). Et en dessert, une pimpante île flottante d’avant le choc pétrolier (9 €).
Depuis les années 90, À la Renaissance est célèbre pour sa cave à vins naturels et compte bien le rester. On y boit donc des verres dès 8 €, dont un rare blanc andalou de solera, des grosses quilles et, nouveauté des lieux, des cocktails racés, car les patrons se souviennent qu’ils sont mixologues. Il faut goûter le dry martini et essayer de ne pas en commander un deuxième (8 € le mini, 15 € le maxi). Bref, ce bistrot enveloppant à la terrasse mortelle a tout pour devenir notre nouveau QG — si les touristes américains, qui vont très certainement se ruer sur l’enseigne, le permettent…
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