En 1984, dans un Belleville alors largement juif tunisien, on ne comptait que trois restaurants asiatiques, dont un seul vietnamien : Dong Huong. Quarante ans plus tard, ce pionnier continue de tenir son coin de rue et de régaler à la ronde. La famille Ta reste aux manettes et le dédale de salles ne désemplit pas de connaisseurs qui savent qu’ils vont baguetter ici de la cuisine vietnamienne plus carrée que le mausolée de Hô Chi Minh. La carte en couleur déroule les classiques de la gastronomie tonkinoise : nems au porc bien crousti (8,80 € les quatre, pas donné) ; collection de phở (de 12,60 à 14,50 € selon la taille et la recette) ; grillades accompagnées de vermicelles de riz (bún) ou de riz blanc (com).
On plonge ensuite dans une spécialité de Hanoï rarement croisée à Paris, le bún riêu, une sapide soupe de vermicelles à la tomate et au crabe avec des morceaux d’omelette et des pâtés de poisson frit. La pâte de crevettes fermentées (mâm tôm) que la serveuse nous a fait sentir l’air inquiet apporte un fumet maritime assez unique. Dépaysement total !
Et pour se sentir vraiment comme sur un trottoir de la rue Hàng Đào, il faut accompagner ce bol fumant d’un verre de suong sa hôt luu, sorte de bubble tea au lait de coco, gelée colorée et graines de grenade. L’addition se montre un peu plus élevée que dans d’autres bouis-bouis du quartier mais l’évasion vaut bien ça.