Les 50 meilleurs films d'horreur : de 30 à 21

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30

Frankenstein (1931)

de James Whale, avec Colin Clive, Boris Karloff et Mae Clarke

Une porte s'ouvre, le monstre se met en branle, entame un pas, instable… Il est vivant ! Mais lorsque la caméra montre son visage, on perçoit dans son regard une absence, un vide morbide. Définitivement, notre image du monstre de Frankenstein aura été marquée par le légendaire travail de maquillage de Jack Pierce sur ce film : les boulons au cou, la tête plate, les yeux enfoncés et hagards… En 1932, le public attendait Bela Lugosi dans le rôle-titre, mais celui-ci, lâché par les studios, désapprouvait la façon dont le script transformait la créature philosophique de Mary Shelley en un pré-zombie mutique. Boris Karloff, alors relativement inconnu, fut donc recruté au débotté par le réalisateur James Whale, qui en profita pour injecter à son 'Frankenstein' une bonne dose d'humour à froid, dans une atmosphère angoissante, limite choquante pour l'époque – comme lors de cette scène où un agriculteur transporte le corps inerte de sa fille, à travers le village occupé à célébrer le mariage du savant fou.

29

La Féline (1942)

de Jacques Tourneur, avec Simone Simon et Kent Smith

L'idée que le cinéma d'horreur puisse constituer le support d'une subversion politique, ou culturelle, a beau avoir connu son heure de gloire dans les années 1970 (avec notamment le 'Zombie' de George A. Romero), elle a toujours été présente en filigrane : ne trouve-t-on pas, par exemple, dans le 'Frankenstein' de Mary Shelley, une puissante satire des classes sociales ? Le message de l'étrange et très beau film de Jacques Tourneur, 'La Féline', est sans doute plus subtil, et n'en interpelle pas moins le spectateur. Il pourrait être vu comme une étude sur la puissance intrinsèque du désir féminin, et que le nier ne saurait que l'exacerber, le pousser à éclater de façon abrupte et violente. Simone Simon y interprète Irena, une jeune femme d'origine serbe, maltraitée durant son enfance, qui se transforme en panthère sanguinaire dans ses moments d'excitation sexuelle. Or, toute la force du film réside dans la subtilité avec laquelle Tourneur explore ces thèmes, sans jamais tomber dans le trivial, ni perdre de vue le drame sensible au cœur de son histoire.

28

Morse (2008)

de Tomas Alfredson, avec Kåre Hedebrant et Lina Leandersson

Un classique immédiat ? Si la présence de 'Morse' au sein de notre classement signifie quelque chose, alors oui, certainement. Le film d'épouvante de Tomas Alfredson – dont les décors neigeux accompagnent à merveille la tristesse – ressemble à un conte initiatique sur l'expérience amoureuse. Oskar, 12 ans, aime sa voisine, Eli. Parfois, il trouve qu'elle a une drôle d'odeur. Plus tard, les bonbons qu'il lui offre la rendent violemment malade. Et ses yeux saignent lorsqu'elle pénètre chez lui sans avoir été invitée : eh oui, Eli est un vampire… « Cela fait une éternité que j'ai cet âge… » Comme le cinéaste suédois ne voulait pas d'interprétations policées, il préféra travailler avec des acteurs non professionnels. Pourtant, Eli paraît véritablement intemporelle. Horrible et touchant, 'Morse' reçut, entre autres, le Grand Prix et le Prix de la critique au Festival du film fantastique de Gérardmer.

27

Vidéodrome (1982)

de David Cronenberg, avec James Woods, Sonja Smits et Debbie Harry

Sans doute l’œuvre la plus visionnaire de Cronenberg, ‘Vidéodrome’ explore les dangers de la télévision à travers le regard déréglé de Max Renn (James Woods), programmateur de télé controversé. Dans un monde gouverné par des organes de censure, le contact avec des images choquantes détruit peu à peu la capacité de discernement entre réalité plastique et fantasme pervers. Ainsi, après avoir visionné une cassette intitulée "Vidéodrome”, Max voit sa perception s'altérer : impossible alors de savoir si sa relation sado-masochiste avec Nicki Brand (interprétée par Debbie Harry, la chanteuse du groupe Blondie) n’est que pure hallucination, au même titre que l’étrange vagin qui lui pousse au milieu du ventre. Et lorsque cet orifice béant se transforme en magnétoscope dans lequel les censeurs insèrent des cassettes, chair et technologie finissent par former un ensemble organique particulièrement troublant.

26

La Fiancée de Frankenstein (1935)

de James Whale, avec Boris Karloff, Colin Clive, Elsa Lanchester et Ernest Thesiger

'La Fiancée de Frankenstein' serait donc la meilleure adaptation du célèbre roman de Mary Shelley ? C'est en tout cas ce qu'ont tranché nos spécialistes de l'horreur. A l'époque, le réalisateur, James Whale, ne pensait pas donner de suite à son 'Frankenstein' de 1931. Mais sous la pression des studios, il décida qu'elle serait un chant nocturne, un véritable « hululement », selon son expression. En parallèle à son humour narquois et à son esthétique camp, cette 'Fiancée' marque le retour d'un Boris Karloff incroyablement émouvant dans le rôle du monstre. Le Dr Frankenstein a alors cessé de se prendre pour Dieu et renoncé à bricoler des cadavres dans son garage le dimanche ; mais son mentor orchestre un odieux chantage pour qu'il fournisse une compagne (Elsa Lanchester) à sa créature. Le maquillage de la mariée, toujours réalisé par l'incontournable Jack Pierce – avec cicatrices de barbelés, rouge à lèvres de diva, cheveux foudroyés – et les mouvements mécaniques, étrangement innocents, de Lanchester ont fait de ce film un véritable classique du cinéma gothique américain.

25

L'Enfant du Diable (1979)

de Peter Medak, avec George C. Scott, Trish Van Devere et Melvyn Douglas

Réalisé à l'ancienne (dans le meilleur sens du terme), ce thriller surnaturel et mésestimé de Peter Medak parvient à nous effrayer par son impressionnante maîtrise technique. Le remarquable George C. Scott y interprète un compositeur en vogue qui, après la mort de sa femme et de son fils dans un accident de la route, part enseigner à Seattle dans une étrange maison victorienne (hantée, bien évidemment). Or, même les séquences les plus banales, les clichés les plus éculés – comme cette séance de spiritisme où un médium tente d'entrer en contact avec l'esprit inapaisé du garçon défunt – sont mis en scène avec beaucoup d'habileté et une grande force de conviction. Guillermo del Toro soutient que les meilleures histoires de fantômes ont toujours un grand arrière-fond de mélancolie. C'est assurément le cas ici.

24

Les Oiseaux (1963)

d'Alfred Hitchcock, avec Tippi Hedren et Rod Taylor

Après 'Jamaïca Inn' (1939) et ‘Rebecca’ (1940), ‘Les Oiseaux’ est le troisème film d’Hitchcock adapté d’un récit de Daphné du Maurier. Et comme le maître de l’angoisse l'a prouvé à de nombreuses reprises, nul besoin d’esprits frappeurs, de monstres dégoulinants ou de zombies qui titubent pour terroriser le spectateur le plus averti. Ici encore, Hitchcock parvient à nous perturber par de simples suggestions – comme la vue menaçante de centaines d’oiseaux perchés silencieusement sur des câbles électriques – ou par son travail sur le son, et le bruit de plus en plus assourdissant des vicieux volatiles. Quant aux scènes de pure épouvante, malgré des effets spéciaux vieux de soixante ans, elles ont encore de quoi filer la chair de poule (on n’ose imaginer ce que ça donnerait en 3D). Mais au fond, 'Les Oiseaux' est surtout un parfait exemple de la manière dont Hitchcock joue avec les nerfs et la psyché du spectateur : reprenant le thème des envahisseurs, il le plonge dans une inquiétante familiarité toute freudienne. Et s'il est commun de dire que le réalisateur piochait abondamment dans la psychanalyse ('La Maison du Dr Edwards', 'Psychose'), rarement dans son œuvre les thèmes du danger et du désir, de la compulsion sensuelle (entre Tippi Hedren et Rod Taylor) et de sa censure (la mère du personnage masculin et... les oiseaux), auront à ce point débouché sur une menace irrationnelle, violente, sauvage et fétichiste.

23

La Mouche (1986)

de David Cronenberg, avec Jeff Goldblum et Geena Davis

Délirante reprise par David Cronenberg d'un canevas classique du récit fantastique (où un scientifique voit ses expériences de téléportation se solder par un vilain quiproquo génétique), 'La Mouche' n'est pas seulement un film d'horreur des plus élégants : c'est aussi l'une des histoires d'amour les plus tragiques du septième art. La relation, charmante, hésitante, magnifiquement écrite, entre Jeff Goldblum et Geena Davis, commence en effet comme une fragile romance… qui ne rend que plus atroce la dégradation physique et mentale auquel le film va peu à peu soumettre Goldblum. Aussi, entre les mains de Cronenberg, la maladie génétique devient-elle une puissante métaphore de tout mal intérieur imaginable, qu'il s'agisse du cancer, du sida, de la vieillesse, ou de l'amour perdu, du désespoir sentimental… Superbe, écœurant, exaltant, brutal, inspirant et inspiré, 'La Mouche' est un film humaniste et paradoxal, où l'humain lui-même tend à disparaître. Et c'est aussi sans conteste l'une des plus grandes réussites de son réalisateur, alors à l'apogée de son art.

22

Nosferatu (1922)

de F.W. Murnau, avec Max Schreck et Greta Schröder

Avant Edward Cullen, Spike et Bill Compton, il y avait Nosferatu – certainement moins scintillant, mais beaucoup plus terrifiant. Librement adapté du ‘Dracula’ de Bram Stoker, ‘Nosferatu’ n’était peut-être pas le tout premier film d’horreur de l’histoire du cinema (cet honneur revient sans doute au ‘Manoir du Diable’ de Georges Méliès), mais ce fut certainement le plus influent. Le jeu sur l’ombre et la lumière, le basculement entre beauté et horreur, l’homme menaçant pourchassant une jeune innocente... La plupart des codes du genre furent ainsi inaugurés par Murnau. Et, à près d’un siècle de distance, son film reste profondément dérangeant : la tension sournoise instaurée par la musique de Hans Erdmann, l’effroyable raideur de Max Schreck, ainsi que son atroce maquillage, sont désormais devenus cultes. Quant à l’invasion de rats, particulièrement angoissante, on n’ose imaginer l’effet qu’elle eut à l’époque, sur un public à peine sorti de la Première Guerre mondiale.

21

Freaks, la monstrueuse parade (1932)

de Tod Browning, avec Olga Baclanova et Harry Earles

Est-ce vraiment un film d'horreur ? Ou plutôt un conte humaniste et touchant, d'amour et de trahison ? Le réalisateur Tod Browning lui-même quitta l'école dans sa jeunesse pour travailler dans un cirque. Avec 'Freaks', il met en scène une troupe de « bêtes de foire » (qui se révèlent également de remarquables acteurs), pour raconter l'histoire d'une jolie trapéziste, Cleo (Olga Baclanova), qui accepte de se marier au nain Hans (Harry Earles) pour sa fortune, avant de l'empoisonner. Le reste du temps, Browning suit la vie itinérante de ces étranges forains avec beaucoup de sympathie et d'humour – par exemple à travers l'histoire de ce type qui épouse une fille dont il ne peut supporter la sœur siamoise... Pourtant, ce qui fait de 'Freaks' un authentique film d'horreur, c'est sa fin dérangeante et macabre, lorsque les « monstres » chassent Cleo et son amant à travers la forêt – bien qu'évidemment, l'horreur la plus violente réside dans la cruauté médiocre des prétendus « gens normaux ». D''Ombres et Brouillard' de Woody Allen à 'Elephant Man' de David Lynch, on ne compte d'ailleurs plus les clins d'œil du cinéma à la parade fondatrice, émouvante, grotesque et sublime de Tod Browning.

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