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Guide du film d'amour

Les 60 meilleurs films d'amour de l'histoire du cinéma

De toute évidence, le romantisme a été victime de son image trop gentillette (demandez donc un peu à Hölderlin, pour voir). Voilà bien un terme devant lequel on ne peut s'empêcher de sourire, en pensant immédiatement : guimauve, sentimentalisme, bouquets de roses bon marché, mièvrerie et dégoulinures... Et pourtant, certains films d'amour constituent quelques-unes des plus belles œuvres du cinéma, toutes époques confondues.

Pour cette sélection de 60 films d'amour, nous avons évidemment creusé du côté de la comédie romantique, sous-catégorie assez écrasante qui nous aura heureusement permis de retrouver Antoine Doisnel, Harry et Sally, des classiques de Woody Allen, Billy Wilder ou Ernst Lubitsch... Mais la catégorie du film d'amour ne s'arrête pas là : pouvant lorgner vers la science-fiction, l'onirisme d'un Cocteau, les délires d'un David Lynch ou le réalisme d'un Kechiche, le genre sait aussi merveilleusement s'acoquiner avec le western chez Ang Lee, ou la comédie musicale made in France avec Jacques Demy.

Guide du film d'amour : 1-20

1

Casablanca (1942)

de Michael Curtiz, avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman

Amour, nostalgie, passion, espionnage, politique : si ‘Casablanca’, l’un des chefs-d’œuvre hollywoodiens de Michael Curtiz, se place au premier rang de notre classement des meilleurs films romantiques, c’est qu’il dépasse de loin, dans son propos, les habituelles problématiques du genre, tout en réussissant à en exploiter, avec brio, les nombreux poncifs. « Quand tous les archétypes déferlent sans aucune décence, on atteint des profondeurs homériques. Deux clichés font rire. Cent clichés émeuvent », écrira d’ailleurs à son sujet Umberto Eco.

En 1942, fuyant le nazisme et la guerre, des Européens affluent à Casablanca dans l’espoir de réussir à émigrer aux Etats-Unis. Dans cette fourmilière à la tension palpable, un Américain cynique et désabusé, Rick Blaine (Humphrey Bogart, impérial) tient un bar de luxe où se retrouve une faune hétéroclite : réfugiés, escrocs, résistants ou collabos. Un soir, Ilsa Lund (Ingrid Bergman), l’ancien amour de Rick, déboule accompagnée de son mari, un chef de la Résistance tchèque activement recherché par les nazis, et lui demande de leur venir en aide.

Assez clairement, le film est apparu comme une œuvre de propagande, visant à justifier auprès du peuple américain une intervention militaire en Europe. Rien qu’en cela, la portée de ‘Casablanca’, récompensé par trois Oscars (meilleurs scénario adapté, réalisateur et film), paraît historique. Mais en termes artistiques, le film de Curtiz se place au même niveau, jouant sur le charisme fou de l’impossible couple formé par Bogart et Bergman, mais aussi sur des seconds rôles impeccables (parmi lesquels Peter Lorre, inoubliable interprète du ‘M le Maudit’ de Fritz Lang), une photographie à faire pâlir les studios Harcourt et une progression mélodramatique implacable.

Au fond, si ‘Casablanca’ semble a posteriori moins génialement moderne que le polar ‘Le Grand Sommeil’ (1946) d’Howard Hawks par exemple (mettant également « Bogey » en scène, cette fois aux côtés de Lauren Bacall), c’est sans doute aussi ce côté immédiat, populaire, qui en fait une œuvre romantique incomparable. Ici, la passion est tragique, l’homme généralement lâche et Paris la plus belle ville du monde… Certes, ce n’est pas nouveau. Mais c’est tellement bien fait qu’on se saurait que succomber à ‘Casablanca’. – AP

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2

L'Aurore (1927)

de Friedrich Wilhelm Murnau, avec Janet Gaynor et George O'Brien

Oui, ‘L’Aurore’ est sans doute ce « plus beau film du monde » qu’évoquait François Truffaut. Bien sûr, il est muet, en noir et blanc et date de 1927, ce qui pourrait a priori en décourager certains. Il demeure pourtant l’une des œuvres les plus poignantes jamais vues sur grand écran. Amour, mort, trahison, rédemption : l’histoire ressemble à une légende immémoriale, entre simplicité et profondeur. D’ailleurs, les personnages sont anonymes, simplement crédités comme « L’Homme » (George O'Brien), « La Femme » (Janet Gaynor) ou « La Femme de la ville » (Margaret Livingston).

En vacances à la campagne, une citadine drague un fermier, lui faisant miroiter la possibilité de venir vivre avec elle parmi les lumières de la ville. Elle lui conseille donc de tuer sa femme, avec laquelle il vient d’avoir un enfant. D’abord révolté par cette idée, le fermier tente de l’étrangler, mais leur dispute finit dans une étreinte. Plus tard, le fermier convie sa femme à une promenade sur le lac et tente de la noyer, mais s’en révèle finalement incapable. Effondrée, la femme fuit alors vers la ville. Son mari se lance à sa poursuite pour la reconquérir. Ensemble, ils vont dériver jusqu’à l’aube.

L’histoire est forte, bourrée de symboles, mais c’est surtout la réalisation de Murnau, éclatante, qui noue la gorge du spectateur. Comme lors de cette séquence où, fuyant son mari, la femme traverse une avenue comme si elle courait au suicide, tandis que l’homme se jette à sa suite : en jouant sur les surimpressions d’images (du couple et de voitures lancées à toute allure), le réalisateur de ‘Nosferatu’ parvient à créer un univers à la fois onirique et moderne, mythique et palpable, que le mutisme de ‘L’Aurore’ rend encore plus fort. Car ici comme dans l’érotisme, l’amour passe par des gestes subreptices, incertains, plutôt que par le discours. D’ailleurs, on pourrait en écrire des pages et des pages, on n’arrivera jamais à épuiser la puissance de ce film, où la passion, contradictoire, indicible, dépasse de loin son expression verbale. Et laisse le spectateur coi, interdit devant la beauté nue, à pleurer, de ce film aussi bouleversant qu’inoubliable. – AP

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3

Le Secret de Brokeback Mountain (2005)

d'Ang Lee, avec Heath Ledger et Jake Gyllenhaal

Tiré de la nouvelle d’Annie Proulx publiée en 1997, ‘Brokeback Mountain’ a souvent été qualifié de « western gay ». Et s’il est vrai que le film met en scène deux cowboys, son histoire aurait pu avoir lieu n’importe où, n’importe quand. En 1963, Ennis et Jack (Heath Ledger et Jake Gyllenhaal, tous deux bouleversants) passent un été à garder les moutons ensemble à Brokeback Mountain, dans l’Etat du Wyoming. C’est là, dans l’intimité des grands espaces, qu’ils font l’amour pour la première fois. Et c’est là que se situe le cœur du film, qui aurait plutôt dû s’appeler ‘Le Souvenir de Brokeback Mountain’. De façon clandestine, Jack et Ennis continuent de se voir, mais n’arrivent pas à s’aimer comme ils le voudraient. Leurs retrouvailles, en fait, ne se résument qu’à de vaines et frustrantes tentatives de recréer l’insouciance de leur première rencontre. Pendant plus de vingt ans, ils courront après ce court instant de grâce. Chacun de son côté se mariera et aura des enfants, sans jamais parvenir à calmer le malheur de vivre sans l’autre. Malgré l’évocation de lynchages homophobes et le rappel régulier des risques encourus par les deux hommes, il ne faut pas se méprendre : ceci n’est pas un film sur la condition des homosexuels dans l’Ouest américain des années 1960. Juste l’histoire d’amour ratée, ternie par les regrets, de Jack et Ennis. – AB

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4

In the Mood for Love (2000)

de Wong Kar-wai, avec Tony Leung Chiu-wai et Maggie Cheung

L'histoire se déroule en 1962. Voisins de palier dans un immeuble surpeuplé, M. Chow (Tony Leung) et Mme Chan (Maggie Cheung, arborant une robe traditionnelle chinoise) vont progressivement se rendre compte que leurs conjoints ont une liaison secrète. Suite à cette découverte, ils passent de plus en plus de temps ensemble et jouent avec les émotions de l'autre en répétant des scènes imaginaires de rupture, alternant entre réconfort et masochisme et finissant par aller au bout de leur désir mutuel dans le cadre d'un jeu de rôle imitant leurs partenaires infidèles. Baignant dans de somptueuses couleurs et sublimé par une bande originale hypnotique, le film est merveilleusement mis en images par Christopher Doyle et Mark Lee Ping-bin, deux des meilleurs directeurs de la photographie au monde. Sous la palette visuelle envoûtante se cache une histoire d'amour refoulée qui trouve son dénouement au beau milieu des ruines d'Angkor Wat – un détail sublime de la narration qui rend 'In the Mood for Love' plus proche de la perfection que nul autre film hongkongais. Certes, M. Chow et Mme Chan ont envie d'aimer, mais cela s'arrête quasiment là. Les seules choses qu'ils parviennent à partager sont des regards furtifs, des mots légers et la certitude, réconfortante, que l'histoire et le passé s'oublient dans la fugacité des désirs. – AP

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5

Quand Harry rencontre Sally (1989)

de Rob Reiner, avec Billy Crystal et Meg Ryan

Presque toutes les comédies romantiques des quinze dernières années contiennent une référence à ‘Quand Harry rencontre Sally’. Et si de nos jours, le film peut être considéré comme prévisible ou plein de clichés, c’est parce que tout le monde semble avoir oublié qu’avant sa sortie, la plupart de ces clichés n’existaient pas. Non seulement le long métrage de Rob Reiner et Nora Ephron a-t-il complètement modernisé et renouvelé le genre, posant les bases narratives de centaines de comédies romantiques – et de séries télé – à venir, mais il a carrément inventé de nouveaux concepts, notamment ceux de la « high maintenance girlfriend » (traduction rapide : la chieuse) et de la relation de transition. Quant à la scène, désormais légendaire, dans laquelle Sally simule bruyamment un orgasme en plein milieu d’un restaurant, elle paraît très drôle aujourd’hui, mais en 1989, elle était révolutionnaire. – AB

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6

Les Parapluies de Cherbourg (1964)

de Jacques Demy, avec Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo

Dans le monde des comédies musicales, l’œuvre de Jacques Demy occupe une place à part. Les couleurs vives de ses images et les phrases chantées auraient vite fait d'induire en erreur : ‘Les Parapluies de Cherbourg’ n'est pas un film léger. Si l'extraordinaire musique de Michel Legrand porte l'œuvre, comme un filet d'eau claire ininterrompu, le scénario traite de la guerre d'Algérie et d'amour perdu, de cœurs brisés et de destin tragique, le tout avec une fausse superficialité qui en renforce plutôt l'émotion et la profondeur. On en ressort en chantant, certes, mais mouchoir à la main. Palme d'Or à Cannes en 1964, triomphe en salles et nomination à l'Oscar du meilleur film étranger, du meilleur scénario, de la meilleure chanson et de la meilleure bande originale, ‘Les Parapluies de Cherbourg’ est aussi le film qui révéla Catherine Deneuve. Et si les « je t’aime, je t’aime, je t’aime » de la jeune actrice, dans la scène de la gare, ne vous brisent pas le cœur en mille morceaux, c’est que vous n’en avez pas. – RS

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7

Annie Hall (1977)

de Woody Allen, avec lui-même et Diane Keaton

Souvent considéré comme le film le plus personnel de Woody Allen, 'Annie Hall' semble largement s’inspirer de la relation entre Diane Keaton et le cinéaste – le nom d’origine de l’actrice étant Hall, et Annie son surnom. C'est l'histoire, banale, d'un couple qui s'aime puis se sépare. Une comédie, certes, mais teintée d’une profonde nostalgie : au fond, nous dit-elle, ce n'est pas parce que l'on a rencontré l'âme sœur que cela durera pour toujours. Brisant le « quatrième mur » en s’adressant directement à la caméra, ayant recours à des scènes de dessins animés ou des sous-titres qui contredisent ses dialogues, Woody Allen laisse s’exprimer tout son génie créatif dans ce qui reste à ce jour l’un de ses meilleurs films. Un classique. – AB

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8

L'Avventura (1960)

de Michelangelo Antonioni, avec Gabriele Ferzetti et Monica Vitti

Première collaboration entre Antonioni et son inoubliable muse, la sublime Monica Vitti, ‘L’Avventura’ reste l’un des films les plus forts du cinéaste italien – au même titre que ‘Le Désert rouge’, ‘Blow-Up’ ou ‘Profession : reporter’. Audace esthétique, dilatation du temps, remise en cause de la dramaturgie : rien que sur le plan formel, ‘L’Avventura’ s’affirme comme une œuvre incontournable. Mais ce n’est pas tout. Car ses latences ont pour propos de définir la fragilité de la sensibilité et de la sensualité modernes, entre incertitude, hésitation et désir hors des cadres moraux. Sandro (Gabriele Ferzetti) et Anna (Lea Massari) partent en bateau avec leurs amis. Il ne se passe pas grand-chose. Arrivés sur une île (celle de Lisca Bianca, au nord de la Sicile), le petit groupe constate la disparition d’Anna. La meilleure amie d’Anna, Claudia (Monica Vitti), décide alors de partir à sa recherche, accompagnée par Sandro. Or, bientôt leur quête s’efface, zappant Anna pour laisser place à leur tension sensuelle et sentimentale, jusqu’à une fin magistrale, d’une fragilité à pleurer. Qu’on ne vous racontera évidemment pas. – AP

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9

Sailor et Lula (1990)

de David Lynch, avec Nicolas Cage et Laura Dern

Quel dommage que la version française de ‘Sailor et Lula’ n’ait pas conservé son titre original, ‘Wild at Heart’ (« déchaînés »). Car dans toute l’histoire du cinéma, peu de couples peuvent rivaliser avec le duo d’hystériques formé par Nicolas Cage et Laura Dern. Affublés de vestes en peau de serpent et bas résille troués, Sailor et Lula sont deux jeunes aussi fous qu’amoureux, en cavale pour échapper à la folie meurtrière de la mère de Lula. D’une possessivité maladive, cette dernière lance en effet la mafia à leurs trousses, avec l’ordre d’éliminer Sailor. Sur la route, les amants croisent une multitude de personnages loufoques, notamment Willem Dafoe, psychopathe à la dentition bien entamée. David Lynch n’est pas vraiment connu pour son amour de la comédie, mais ‘Wild at Heart’ est incontestablement son film le plus drôle. Ses personnages sont délicieusement outranciers, bêtes comme leurs pieds et plus vulgaires qu’une saison des "Anges de la téléréalité". Ajoutez à cela une bande-son absurde, alternant entre speed metal pour épileptiques et vieux tubes d’Elvis – interprétés par Cage lui-même –, et vous obtenez un film unique et puissant, dont l’inégalable mauvais goût confine au lyrisme. – AB

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10

Punch-Drunk Love (2001)

de Paul Thomas Anderson, avec Adam Sandler et Emily Watson

Une comédie romantique réalisée par Paul Thomas Anderson (auteur des récents ‘The Master’ et ‘There Will Be Blood’), avec Adam Sandler dans le rôle principal ? La combinaison peut, a priori, sembler étrange. Et effectivement, il se dégage de ‘Punch-Drunk Love’ une atmosphère si puissamment bizarre qu’on passe les trente premières minutes à se demander dans quel film on a atterri. Car Paul Thomas Anderson procède à une réinvention unique des codes du genre : chez lui, la comédie romantique se transforme en une sorte de thriller sentimental complètement barré, aussi jouissif que déroutant. Barry, un trentenaire discret et légèrement autiste, mène une existence rangée, bien que ponctuée par des accès de rage incontrôlables – reproduits dans des scènes de slapstick à mourir de rire. Lorsqu’il rencontre Lena, une excentrique timide jouée par Emily Watson, les deux s’accordent comme une évidence. Ce n’est pas pour rien que le titre du film signifie « sonné par l’amour », une idée constamment évoquée par la violence physique et verbale du film. Réalisation onirique, presque sensorielle, et dialogues de génie (« tu es si jolie que j’ai envie de te casser la gueule avec une masse ») : le romantisme à la sauce Paul Thomas Anderson vous rendra tout chose. – AB

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11

Her (2013)

de Spike Jonze, avec Joaquin Phoenix et Scarlett Johansson

‘Her’, le dernier long métrage de Spike Jonze (en salles le 19 mars 2014) est tout simplement phénoménal. L’idylle qu’il dépeint entre Théodore et Samantha, un homme et un programme informatique, paraît immédiatement crédible. Samantha est une “OS”, un système d’exploitation semblable à Siri, à cela près qu’elle est ultra-développée : capable de lire un livre et trier une boîte mail en deux centièmes de seconde, mais aussi de faire la conversation, échanger des blagues ou exprimer des opinions très personnelles. Or, plus Samantha interagit avec Théodore, plus ses besoins et ses émotions évoluent… et les deux finissent rapidement par tomber amoureux.

Le scénario original écrit par Jonze, nommé aux Oscars 2014, est une merveille, bourré de détails fascinants sans jamais se la péter, fait plutôt rare dans l’univers de la science-fiction récente – n’est-ce pas, ‘Antiviral’ ? Et puis, ‘Her’ est sans doute aussi le premier film romantique où l’on ne voit qu’une moitié du couple. Joaquin Phoenix, qui joue seul – la voix de Scarlett Johansson a été rajoutée en post-production –, livre ainsi une performance absolument bluffante, parvenant sans problème à nous convaincre de la puissance de son amour pour une oreillette. D’une grande sensibilité, doté d’un univers unique (et déjà mille fois parodié), ‘Her’ est voué à devenir culte. Et mérite donc largement sa place dans ce classement. – AB

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12

Blue Valentine (2010)

de Derek Cianfrance, avec Ryan Gosling et Michelle Williams

Vous ne pensiez quand même pas qu’on n’allait citer qu’un seul film avec Ryan Gosling dans ce classement, si ? Mais contrairement à ‘The Notebook’, ‘Blue Valentine’ n’est pas vraiment un feel-good movie. Plutôt un film sans concession, brutal et viscéral, sur la lente désintégration d’un couple. Alors que leur mariage bat de l’aile, Dean et Cindy se remémorent leur rencontre et les débuts de leur histoire, six ans plus tôt. A l’aide d’un montage virtuose, Derek Cianfrance opère des va-et-vient entre souvenirs romantiques et scènes d’un présent nettement plus glauque, essayant de comprendre ce qui a pu mal tourner. Comment le Ryan Gosling charmeur et sûr de lui a-t-il pu se transformer en un gros beauf alcoolique et à moitié chauve ? Comment sa femme, si amoureuse il y a six ans, peut-elle être à ce point écœurée par les moindres faits et gestes de son mari ? Incarné superbement par son duo d’acteurs, qui doivent jouer leurs personnages à deux étapes différentes de leurs vies, ‘Blue Valentine’ est une grande réussite technique, d’un réalisme et d’une fluidité remarquables. C’est aussi et surtout une certaine vision de l’amour, peu flatteuse, certes, mais hélas très réelle. – AB

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13

Un homme et une femme (1966)

de Claude Lelouch, avec Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant

Une bande-son mythique composée par Francis Lai, des plans époustouflants et un couple d’acteurs – Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant – aussi beaux que charismatiques. Tourné à la fois en couleur et en noir et blanc pour des raisons budgétaires, il émane du film de Lelouch une poésie singulière, mêlant dans un montage habile images présentes et passées, réelles et fantasmées. Ils sont tous les deux veufs, tous les deux parents célibataires. Ils se rencontrent, et puis ils s’aiment : ‘Un homme et une femme’ est, comme son titre l’indique, d’une simplicité évidente. Mais c’est aussi un des chefs-d’œuvre du cinéma français, qui en plus d’obtenir la Palme d’or en 1966 ainsi que deux Oscars (meilleur film étranger et meilleur scénario), conféra à Deauville sa réputation éternelle de ville romantique. – AB

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14

Sueurs froides (1958)

d'Alfred Hitchcock, avec James Stewart et Kim Novak

Considéré par John Carpenter ou Kenneth Branagh comme la plus grande œuvre d’Alfred Hitchcock, film favori de Chris Marker, ‘Sueurs froides’ (également connu sous son très beau titre original, ‘Vertigo’) est un film qui vous fout lui-même le vertige. Histoire d’un flic acrophobe sur les traces d’une mystérieuse femme dont il tombera amoureux (inspirée du roman ‘D’entre les morts’ de Boileau-Narcejac), ‘Sueurs froides’ est surtout l’occasion pour Hitchcock de jouer sur l’inconscient de ses spectateurs à travers son héros masculin, tour à tour symbole de l’impuissance sexuelle ou de la nécrophilie. Servi par deux acteurs impeccables, James Stewart et Kim Novak, qui forment ici l’un des couples les plus mythiques du cinéma, ce film de 1958 reste grand, très grand, incommensurablement grand. A voir et à revoir. Mais surtout, ne regardez pas en bas ! – AP

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15

La Vie d'Adèle (2013)

d'Abdellatif Kechiche, avec Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux

Tout simplement magnifique, 'La Vie d'Adèle' se pose comme une évidence, à l'image de certains films d'Eustache, de Renoir, d'un réalisme époustouflant et d'une contemporanéité palpable. Plongée dans ce film-fleuve de trois heures qui passent comme une lettre à la poste, Adèle (Adèle Exarchopoulos, inconnue éblouissante) traverse l'adolescence. Lycéenne curieuse, elle lit Marivaux et s'initie à l'amour, d'abord avec un lycéen gentiment banal, puis avec Emma, étudiante des Beaux-Arts aux cheveux bleus (Léa Seydoux, en lesbienne au magnétisme animal), avec laquelle elle vivra une passion complice et complexe. Lumineux, le film d'Abdellatif Kechiche s'impose comme une ode à la vie, une affirmation joyeuse de son intensité, où le désir se voit représenté simplement, dans des scènes d'une authenticité bouleversante qui, bien que frontales, se situent à l'opposé de toute pornographie. Plutôt, on y découvre l'amour charnel filmé comme pour la première fois : avec ses variations, son emportement, sa douceur, sa frénésie, sa gourmandise, ses gouffres. Comme rarement, le spectateur se découvre lui-même impliqué, traversé dans son intimité par la durée de ces séquences. Parfois, on songe à une toile de Courbet ('Vénus et Psyché', 'Les Deux Amies'). Mais surtout, on se dit qu'on n'a sans doute jamais vu ça avant au cinéma. – AP

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16

La Garçonnière (1960)

de Billy Wilder, avec Jack Lemmon et Shirley MacLaine

Etudes de mœurs des milieux d’affaires, ‘La Garçonnière’ était-il ‘Le Loup de Wall Street’ des années 1960 ? Pas impossible – encore que les businessmen aient sans doute sensiblement évolué depuis. Ici, CC Baxter (Jack Lemmon, auquel Jim Carrey a manifestement piqué un paquet de mimiques) est employé dans une grande compagnie d’assurances, au sein de laquelle il souhaite tout faire pour monter en grade. Afin de satisfaire son carriérisme, il met sa garçonnière à la disposition de ses supérieurs hiérarchiques… sans se douter que son DRH en profite pour y retrouver en secret la jolie Fran (Shirley MacLaine), dont Baxter est secrètement amoureux. Un an après ‘Certains l’aiment chaud’ (1959), Billy Wilder retrouve ainsi Jack Lemmon pour ce qui restera l’une de ses comédies les plus drôles, couronnée de mille-et-une récompenses, dont pas moins de cinq Oscars – et non des moindres : film, réalisateur, scénario, direction artistique et montage. Ironique et truculent, ‘La Garçonnière’ est à la fois une tendre histoire d’amour frustré et une subtile charge contre les cadres sociaux. Qui n’ont peut-être pas tant changé que ça (en tout cas, ça vaut sans doute le coup de demander à votre boss). – AP

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17

Laurence Anyways (2012)

de Xavier Dolan, avec Melvil Poupaud et Suzanne Clément

Que feriez-vous si l’homme de votre vie vous annonçait qu’il voulait en fait être une femme ? Dans le genre « amour impossible », ‘Laurence Anyways’ marque clairement des points pour son originalité... C’est le troisième long métrage de Xavier Dolan, accompagné comme d’habitude par une bande-son parfaite et un casting solaire – Melvil Poupaud, Nathalie Baye, Monia Choukri, et surtout, Suzanne Clément, prix d’Interprétation féminine dans la sélection Un Certain Regard à Cannes. Et si l’on avait pu reprocher au réalisateur québecois de privilégier la forme au fond dans ses précédents films, dans ‘Laurence Anyways’, il réussit à allier ses visuels sublimes et ses fameux « clips » à une des histoires d’amour les plus épiques et les plus singulières du grand écran. Et dire que pendant ce temps-là, il y en a que le mot « genre » fait frémir… – AB

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18

Titanic (1997)

de James Cameron, avec Leonardo DiCaprio et Kate Winslet

Parler du film de James Cameron revient souvent à énumérer les nombreux records qu’il a établis : troisième film le plus cher de l’histoire, deuxième plus grand succès du box-office mondial, 14 nominations et 11 victoires aux Oscars, entre autres. Mais c’est comme ça, ‘Titanic’ est un mastodonte du cinéma, une fresque homérique de trois heures quinze minutes qui entremêle brillamment intrigue amoureuse et grande tragédie humaine. De notre côté, on retiendra surtout un duo d’acteurs talentueux, une bande-son si mémorable qu’elle semble avoir été directement gravée dans nos cerveaux à coups de marteau-piqueur et des effets spéciaux qui, même dix-sept ans après, n’ont pas pris une ride. Ah, et un léger manque de crédibilité, tout de même. Parce que tout le monde sait que Rose avait largement la place d’accueillir Jack sur sa planche. – AB

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19

Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004)

de Michel Gondry, avec Jim Carrey et Kate Winslet

Pour son deuxième film, Michel Gondry est parti d’une idée séduisante : celle que l’on pourrait tous, à l’aide d’une sorte de lésion cérébrale volontaire, effacer un ex de notre mémoire. C’est l’expérience que font Clémentine et Joël – Kate Winslet et Jim Carrey, tous deux remarquables dans des rôles très éloignés de leur répertoire habituel –, après une rupture particulièrement douloureuse. Mais même lorsqu’ils ne se reconnaissent plus, les anciens amants ne peuvent s’empêcher de se croiser... Si l’univers édulcoré et décalé de Gondry peut parfois sembler indigeste, il n’a jamais été plus approprié que dans cette fable douce-amère et légèrement fataliste sur un couple qui n’arrive pas à se quitter. La scène finale, bercée par l’inoubliable "Everybody’s Got to Learn Sometimes" de Beck et Jon Brion, est dévastatrice. – AB

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20

Out of Africa (1985)

de Sydney Pollack, avec Meryl Streep et Robert Redford

Quoi de plus romantique que de se faire laver les cheveux par un jeune Robert Redford au bord d’une rivière kenyane ? Dans ce film, l’acteur incarne l’Aventurier par excellence, veste saharienne, regard mystérieux et peau tannée par le soleil. Quant à Meryl Streep, elle tient là un de ses plus beaux rôles, en femme forte et autonome qui préfère la vie à la ferme aux mondanités de son Danemark natal. Tiré des mémoires de l’écrivaine Karen Blixen, ‘Out of Africa’ raconte le séjour africain de cette dernière et sa relation passionnelle avec le chasseur Denys Finch Hatton. Un amour torride et tragique sur fond d’histoire coloniale. La musique, grandiose, de John Barry et les sublimes paysages du Kenya (la scène où les deux amoureux survolent les plaines en avion relève de la pornographie panoramique) achèvent de faire d’‘Out of Africa’ l’une des histoires d’amour les plus vibrantes du cinéma. – AB

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Guide du film d'amour : 21-40

21

Jules et Jim (1962)

de François Truffaut, avec Jeanne Moreau, Oskar Werner et Henri Serre

Des triangles amoureux, il y en a eu, mais peu sont parvenus à égaler celui de ‘Jules et Jim’ (et Catherine). Les textes magnifiques d’Henri-Pierre Roché, lus par Truffaut en voix-off, la musique de Georges Delerue, l’interprétation du "Tourbillon" par Jeanne Moreau… Tout dans cette œuvre emblématique de la Nouvelle Vague est désormais devenu culte, et à juste titre. Même si sa morale n’est pas vraiment optimiste – la révolution sexuelle dont Catherine rêve tant s’avère finalement irréalisable –, ‘Jules et Jim’ reste, avec ‘Harold et Maude’, l’un des seuls films romantiques dont le schéma amoureux peut paraître aussi irrévérencieux aujourd’hui qu’il le fut lors de sa sortie. – AB

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22

Amour (2012)

de Michael Haneke avec Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva

Palme d'or en 2012, ‘Amour’ est un film poignant, dévastateur : huis clos sur un couple d’octogénaires, Georges et Anne (superbement interprétés par Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva), face à la mort et au déclin physique. Mais surtout, c’est un film sur l’amour (bien vu), dans ce qu’il a de moins niais, de plus viscéral ; la question étant, au fond : peut-il tenir à hauteur de la mort ? Et contre toute attente, Haneke répond par l’affirmative. La profonde simplicité de son motif, alliée à sa réalisation chirurgicale – à coups de puissants plans fixes et d’une utilisation virtuose du hors-champ – fait de ce film un choc autant esthétique qu’émotif. Car ‘Amour’ a beau ne fermer les yeux sur rien, il n’est jamais pervers, malsain ou complaisant. Au contraire, tout se joue dans des détails bouleversants, et la temporalité du film, pudique, est maîtrisée à la perfection. Pas le moindre mouvement superflu, ni le plus petit dialogue de travers. Un film quintessentiel, d’une dignité à couper le souffle, après lequel on ne pourra plus dire que Michael Haneke est un cinéaste froid. – AP

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23

L'Atalante (1934)

de Jean Vigo, avec Michel Simon, Jean Dasté et Dita Parlo

L'histoire est basique : Juliette (Dita Parlo) fuit l'ennui de la campagne en épousant un jeune marin, Jean (Jean Dasté), et embarque avec lui à bord de L’Atalante. Mais leur vie de couple, aux côtés du père Jules (Michel Simon, donc) n'est pas vraiment de tout repos. Rêvant de Paris, Juliette profite d'une escale pour quitter le bateau et son propriétaire. Jean déprime, jusqu'à ce que le père Jules décide de se lancer à la recherche de la jeune femme. A partir de ce scénario de film de commande, Vigo invente des scènes magiques, des parenthèses suspendues dans le temps. Car c’est tout un langage cinématographique que Jean Vigo tend à définir avec ‘L’Atalante’, tournant certaines scènes en muet, d'autres en parlant, d'autres encore en musique. En plus d’être un film inoubliable, audacieux, aux cadres scotchants, ‘L’Atalante’ est aussi une formidable grammaire du cinéma. Pas la grammaire de l’école, mais cette grammaire souple d’une langue véritablement vivante, de celles qui s’inventent dans les poèmes. – AP

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24

Autant en emporte le vent (1939)

de Victor Fleming, avec Vivien Leigh et Clark Gable

C’est sûr, politiquement, entre ses héros sudistes, ses esclaves heureux (sic) et son héros machiste, ‘Autant en emporte le vent’ se situe à l’opposé du récent ‘12 Years a Slave’ de Steve McQueen. Et autant le dire tout de suite : en termes de précision historique, le film de Victor Fleming, malgré ses huit Oscars, est aussi crédible qu’une partouze au goulag. De toute façon, si l’on y jette encore un œil, ce ne sera évidemment pas pour louer son discours social, mais pour sa cruelle étude de mœurs – les personnages étant quand même d’assez belles ordures, au final – et pour son histoire d’amour intense, épique, de près de quatre heures (3h44, pour être précis), entre le fier et cynique Rhett Butler (ce vieux beau de Clark Gable) et la passionnée Scarlett O’Hara (l’éblouissante Vivian Leigh, révélée par ce film). Surtout, ‘Autant en emporte le vent’ réussit comme aucun autre film à exprimer les contretemps de l’amour : Rhett et Scarlett s’aiment alternativement, d’une passion folle, mais ne parviennent jamais à s’unir dans un même désir, au même moment. « Je t’aime… moi non plus. » Désolant comme le temps joue contre l’amour : ce n’est certes pas une nouvelle – ça n’en reste pas moins poignant. – AP

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25

Before Midnight (2013)

de Richard Linklater, avec Julie Delpy et Ethan Hawke

Le troisième volet des aventures de Céline et Jesse mérite une place à part : moins romantique, plus pragmatique que les précédents, il nous montre un couple qui s’essouffle, entre les kilos en trop, la calvitie naissante et les gosses à élever. Les longs plans-séquences (à travers les rues d’un village grec, cette fois) sont toujours là, et les dialogues, écrits à six mains par Richard Linklater, Ethan Hawke et Julie Delpy, sont plus incisifs que jamais. Nommé à l’Oscar du meilleur scénario en 2014, ‘Before Midnight’ s’impose ainsi comme le meilleur film de la trilogie, près de vingt ans après un premier opus un peu niais. Moins de grandes considérations philosophico-romantiques, plus d’engueulades : c’est ça, l’amour. – AB

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26

La Balade sauvage (1973)

de Terrence Malick, avec Martin Sheen et Sissy Spacek

L’amour peut-il aussi être un enlèvement passionnel, un rapt consenti ? C’est du moins le cas dans ce premier film de Terrence Malick, qu’il réalise à 30 ans en 1973. Après avoir éliminé le père de la fille de 15 ans qu’il draguait (Sissy Spacek, avant ‘Carrie’), Kit Carruthers (Martin Sheen, avant ‘Apocalypse Now’), un jeune marginal, s’enfuit avec elle à travers les Etats-Unis, avant de se révéler comme un dangereux sociopathe. Inspiré de la cavale sanglante – et réelle – d’un fan de James Dean et de sa compagne, ‘La Balade sauvage’ reste l’un des films-totems d’une mythologie américaine qui va de ‘Bonnie and Clyde’ à ‘Sailor et Lula’ et ‘True Romance’, en passant par la pochette d’un disque de Sonic Youth (‘Goo’). Les grands espaces, l’amour d’une lolita, la route infinie, un coucher de soleil sur le désert et des armes à feu : autant qu’un film romantique, ‘Badlands’ (en VO), c’est un nouveau western. – AP

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27

Scènes de la vie conjugale (1973)

d'Ingmar Bergman, avec Liv Ullmann et Erland Josephson

Mini-série de six épisodes d’Ingmar Bergman, qu’il adapta en 1974 pour le cinéma, ‘Scènes de la vie conjugale’ commence presque comme une comédie romantique, nous présentant le couple heureux, épanoui, de Johan (Erland Josephson) et Marianne (Liv Ullmann) avec leurs deux filles. A ceci près que le reste du film – tout de même presque trois heures – ne sera qu’un chemin de croix pour ces parents modèles. Johan, prof de fac réputé, se casse avec une jeunette pour laquelle il se passionne, mais dont il s’ennuie bientôt. Entre-temps, Marianne a fait son deuil. Bref, leur relation se loupe sans cesse, écrasée par les fatalités des sentiments et du désir. L’écriture vise juste. Elle est acérée, mordante, cruelle, et les acteurs extrêmement émouvants, dans les maladresses et les hésitations de leurs personnages. Qui ne savent plus vivre ensemble, mais se révèlent incapables de se quitter. Et se retrouveront d'ailleurs trente ans plus tard dans ‘Sarabande’, l’ultime film de Bergman. – AP

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28

Le Lauréat (1967)

de Mike Nichols, avec Anne Bancroft, Dustin Hoffman et Katharine Ross

Lors d’une soirée arrosée en son honneur, Benjamin (Dustin Hoffman, dont c’est ici le premier film), jeune diplômé, se fait ouvertement draguer par une amie de ses parents, Mrs. Robinson (Anne Bancroft – qui restera grâce à ce rôle l’une des figures tutélaires de la cougar au cinéma). Benjamin accepte de la raccompagner chez elle. Et il s’y laisse faire. Plus tard, rencontrant la fille de Mrs. Robinson, Elaine (Katharine Ross), Ben en tombe éperdument amoureux. Oscillant entre le drame et la comédie, moquant l’hypocrite pudibonderie des mœurs américaines, ‘Le Lauréat’ respire la légèreté et la jeunesse des années 1960. Ajoutez-y quelques scènes cultes – dont l’une des dernières, à l’église – et la musique de Simon and Garfunkel : vous obtiendrez une brillante comédie romantique aux faux airs de tragédie pré-hippie. – AP

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29

Harold et Maude (1971)

d'Hal Ashby, avec Ruth Gordon et Bud Cort

Harold et Maude, l’ado nihiliste et l’octogénaire hippie, forment de loin le duo le plus excentrique de ce classement. Avec sa bande-son signée Cat Stevens, son discours anti-conformiste et sa collection de pattes d’eph’ marrons, le film de Hal Ashby est un pur produit des années 1970. Harold, 20 ans, est un jeune blasé dont les passe-temps favoris consistent à simuler son propre suicide et traîner dans des cimetières. Il prend goût à la vie lorsqu’il rencontre l'ultime cougar : Maude, une kleptomane et éternelle optimiste de 79 ans. L’amitié entre les deux énergumènes se transforme vite en amour – et oui, ils couchent ensemble… Autant vous dire que quarante ans après sa sortie, le film n’a rien perdu de son insolence. – AB

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30

Lettre d'une inconnue (1948)

de Max Ophüls, avec Joan Fontaine et Louis Jourdan

« Je n’ai que toi. Toi qui ne m’as jamais connue et que j’ai toujours aimé. » Voilà la teneur de cette ‘Lettre d’une inconnue’, que reçoit un pianiste coureur de jupons (interprété par Louis Jourdan), dans cette adaptation de la nouvelle de Stefan Zweig par Max Ophüls – qui est aussi son deuxième long métrage américain. Lettre posthume, que son auteure (Joan Fontaine, dans ce qui reste sans doute son plus beau rôle) a rédigée avant de mourir. Car voilà : coup d’un soir pour le pianiste, sa voisine (l’inconnue du titre) en était follement amoureuse. Pour lui, sa vie tourna à la tragédie morbide, sans qu’il en sût jamais rien. Construit tout en flashbacks, ‘Lettre d’une inconnue’ est parcouru d’une nostalgie sourde, poignante, et d’une triste délicatesse. Comme si l’amour n’était jamais aussi beau que lorsqu’on le manquait. Surtout, la beauté des plans d’Ophüls, de ses mouvements de caméra, paraît d’une aisance et d’une fluidité telles qu’elle préfigure le style d’un Stanley Kubrick – qui reconnut d’ailleurs, en Max Ophüls, l’un de ses maîtres absolus. Même si, thématiquement, ‘Shining’ reste un peu moins romantique. – AP

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31

Ma nuit chez Maud (1969)

d'Eric Rohmer, avec Jean-Louis Trintignant et Françoise Fabian

'Ma nuit chez Maud' n’est pas tant le film pascalien qu’on se plaît tant à décrire, qu’un film qui discute de Pascal, c’est-à-dire de probabilités, de religion et surtout de choix. Eric Rohmer, génie dans l’art de mettre en scène la dialectique des conversations, réalisateur obsédé par les rapports amoureux et leur mise en paroles, pousse la logique de ses principes à son comble avec 'Ma nuit chez Maud'. La participation de cette libre-penseuse, Maud, aux discussions entre les deux personnages masculins, Vidal le marxiste et Jean-Louis le catholique, permet au spectateur de se passionner définitivement pour ces échanges philosophiques qui s’épanchent jusque tard dans la nuit. Cette nuit justement, que le héros passe chez Maud, est présentée par Rohmer comme un moment magique mais aussi un regret en devenir. En se refusant à Maud afin de conserver intact son choix arbitraire d’épouser Françoise, une femme qu’il connaît à peine, Jean-Louis décide de passer à côté d’une vie sans doute meilleure. Alors qu’il se prévaut de laisser faire le hasard, il provoque au contraire les événements avec Françoise et tourne le dos à l’aventure que représente Maud. Conte « moral » au sens noble, drame amoureux et psychologique d’une finesse rare, 'Ma nuit chez Maud' s’apprécie aussi pour son rythme ample, son noir et blanc stylisé et son cadrage admirable qui rendent les rues enneigées de Clermont-Ferrand, la ville natale de Pascal, féériques. – EC

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32

The Notebook (2004)

de Nick Cassavetes, avec Ryan Gosling et Rachel McAdams

Vous l’aurez remarqué, cette liste contient assez peu de plaisirs coupables. ‘The Notebook’ est l’exception qui confirme la règle. Parce qu’il est impossible de résister à la fougue d’un jeune Ryan Gosling, construisant une maison aux volets bleus et ramant sans relâche au milieu d’un lac de cygnes dans l’espoir que son amour de jeunesse (Rachel McAdams) revienne un jour. Oui, c’est cucul, mais l’alchimie entre les deux acteurs – qui finirent ensuite en couple dans la vraie vie – parvient à nous faire oublier toutes les absurdités du scénario. Et pour sa défense, ‘The Notebook’ est l’un des rares films romantiques pourvus d’un happy end dont l’histoire ne s’arrête pas juste après le mariage, mais bien des décennies plus tard, alors que notre couple est gros, malade et décrépit. – AB

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33

Dolls (2002)

de Takeshi Kitano, avec Hidetoshi Nishijima et Miho Kanno

Plus connus pour ses polars bourrés d’humour et ses yakusas à l’ultra-violence décalée, Takeshi Kitano livrait en 2002 ce film d’une limpidité de haïku, doublée d’une formidable exubérance graphique. Entre réminiscences du bunraku – spectacle de marionnettes proche du théâtre nô – et expression cinématographique contemporaine, ‘Dolls’ parcourt trois histoires d’amour, hantées par un même couple de vagabonds majestueux, errant en silence tandis que le film croise une idole défigurée après un accident de voiture, une femme qui s’époumone désespérément sur un jeu d’enfant, ou un yakuza (quand même !) sur le déclin, et ses souvenirs de la seule femme qu’il ait aimée. ‘Dolls’ procède ainsi : par touches sentimentales, par mouvements méditatifs, tendant à une remarquable plénitude visuelle. Par moments hypnotique. – AP

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34

La Belle et la Bête (1946)

de Jean Cocteau, avec Jean Marais et Josette Day

Jean Cocteau disait du cinéma qu’il est « l'écriture moderne dont l'encre est la lumière ». Tourné au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la ceinture serrée, 'La Belle et la Bête' en est le reflet magistral. Clairs-obscurs tranchants, jeux d'ombres aux faux airs expressionnistes, effets spéciaux à base de fumée, objets animés par des trucages parfaitement rudimentaires... Lorsqu'il revisite le conte de Madame Leprince de Beaumont en 1946, l’ex-surréaliste réinvente intégralement le langage du fantastique au cinéma et révolutionne, du même coup, les codes visuels de l’onirisme qui règnent alors sur l’imaginaire collectif. Exit les flous nébuleux et les fondus : pour la première fois sur grand écran, ce sont l’ombre – de la maison bourgeoise de la Belle – et la lumière – de la demeure enchantée de la Bête – qui viennent tracer la frontière entre le réel et le merveilleux. Un contraste allégorique qui vient sublimer la poésie du cinéaste tout en soulignant la gravité de la fable. C’est sans doute cette candeur féérique, mêlée à sa folle intensité, qui contribue à faire de ce long métrage l’un des plus puissants de Cocteau. – TB

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35

True Romance (1993)

de Tony Scott, avec Christian Slater et Patricia Arquette

Sur un scénario de Quentin Tarantino (qui vient de réaliser ‘Reservoir Dogs’, l’année précédente), ‘True Romance’ suit l’épopée et la dérive amoureuse de Clarence (Christian Slater), vendeur de BD à Détroit, fan d’Elvis et d’arts martiaux, et d’Alabama (Patricia Arquette), call girl que son patron lui offre comme cadeau d’anniversaire, mais pour laquelle le coup de foudre est immédiat et réciproque. Chargés d’une valise emportée par mégarde et bourrée de cocaïne appartenant à la mafia, nos Bonnie and Clyde amateurs traversent les Etats-Unis en semant les cadavres, et croisent Denis Hopper, Gary Oldman, Christopher Walken, Brad Pitt, Val Kilmer ou Samuel L. Jackson. Autant dire qu'il a beau être signé par Tony Scott, le réalisateur de ‘Top Gun’ ou ‘Le Flic de Beverly Hills 2’, c’est clairement la patte excessive de Tarantino qui se fait sentir dans ce film. Citationnel et sexy. Polyphonique, ultra-violent et jouissif. – AP

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36

Les Chevaux de feu (1964)

de Serguei Paradjanov, avec Ivan Nikolaïtchouk et Larissa Kadotchnikova

Variation sur ‘Roméo et Juliette’ dans les Carpates ukrainiennes, ‘Les Chevaux de feu’ raconte la passion tragique de deux êtres dont les familles se haïssent et s’entretuent, de l’enfance à l’âge adulte. D’accord, on connaît un peu la chanson. Seulement, profitant de ce scénario sans audace apparente (la censure n’étant pas un vain mot en URSS en 1964), le Soviétique Sergueï Paradjanov réussit à mettre en place un enthousiasmant modèle d’avant-garde visuelle, sonore et narrative. Sa réalisation éclate, frémit, se tord et tourbillonne comme un poème de Maïakovski. Inattendus, baroques, les mouvements de caméra, les angles de vues, les jeux sur les couleurs paraissent autant d’élans et d’envolées vers l’expressivité pure. D’une modernité impressionnante en même temps qu’archaïque et légendaire, ‘Les Chevaux de feu’ paraît jouer avec le chaos pour transcrire le débordement de la passion. A l'inverse, le long métrage suivant de Paradjanov, ‘Sayat Nova’ (1968), affichera une maîtrise imposante, presque formaliste. Symétriquement, tous deux s’imposent comme des monuments du cinéma soviétique, à rapprocher de Tarkovski (dont ‘Andreï Roublev’, le deuxième long métrage, sort en 1966) ou de Tenguiz Abouladze (‘L’Arbre du repentir’, 1976). – AP

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37

La Déesse (1960)

de Satyajit Ray, avec Soumitra Chatterjee et Sharmila Tagore

L’amour, au Bengale (nord-est de l’Inde) en 1960, resplendit entre deux adorables jeunes gens : Umprasad (Soumitra Chatterjee) et Doyamoyee (Sharmila Tagore, 14 ans, et arrière-petite-fille du célèbre poète Rabindranath Tagore, grande influence de Satyajit Ray), qui vivent ensemble une douce et bienveillante idylle. Hélas, Umprasad doit partir à Calcutta, étudier à l’université. Pendant son absence, son père croit alors voir en sa belle-fille un avatar de la déesse Kali, la traitant comme telle jusqu’à l’épuisement mental et physique de la jeune fille. De retour, Umprasad se rendra donc compte qu’il doit à la fois affronter son père et la tradition. Dur. A la fois histoire d’amour et critique du fanatisme, ‘La Déesse’ reprend le couple d’acteurs du précédent film de Satyajit Ray, ‘Le Monde d’Apu’ – qui resteront d’ailleurs deux de ses interprètes fétiches. Mais son récit tragique et quelques scènes de pure félicité amoureuse suffisent à en faire une romance intense, sombre et brillante, servie par une musique sublime – comme souvent chez le cinéaste : on pense notamment à son ‘Salon de musique’ (réalisé l’année précédente). En l'occurrence, celle d'un des plus grands maîtres indiens du sarod : Ustad Ali Akbar Khan. – AP

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38

Before Sunrise (1995) / Before Sunset (2004)

de Richard Linklater, avec Ethan Hawke et Julie Delpy

Dans ‘Before Sunrise’, Céline et Jesse (Julie Delpy et Ethan Hawke) se baladent dans les rues de Vienne le temps d’une nuit, échangeant leurs vues sur l’amour, la vie, le monde animalier. Neuf ans plus tard (spoiler), les amants d’un soir se recroisent à Paris pour ‘Before Sunset’. Certes, les décors de carte postale sont un peu too much, et les dialogues fleur bleue du premier film peuvent parfois provoquer des saignements d’oreilles – un peu comme quand l’Adèle de Kechiche compare Sartre à Bob Marley. Mais les longs plans-séquences, devenus la véritable marque de fabrique de la « trilogie Before », ainsi que l’évolution des personnages d’un film à l’autre (d’adolescents un peu niais à adultes réalistes), font de ces premiers chapitres deux œuvres plutôt fascinantes – et oui, très romantiques aussi. – AB

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Une aussi longue absence (1960)

d'Henri Colpi, avec Alida Valli et Georges Wilson

Il paraît presque incroyable que le premier film d’Henri Colpi ait échappé à un remake hollywoodien, tant son histoire s’y prête : Thérèse, gérante d’un bistrot de banlieue, aperçoit un jour un clochard qui lui rappelle étrangement son mari, déporté pendant la guerre (Cindy, gérante d’un diner dans une banlieue de la côte Est, aperçoit un jour un clochard qui lui rappelle étrangement son mari, enrôlé au Vietnam). L’homme est amnésique, mais Thérèse se persuade peu à peu que c’est lui et le confronte au passé, dans l’espoir de raviver sa mémoire. Ecrit par Marguerite Duras à partir d’un fait divers et récompensé par la Palme d’or en 1961, ‘Une aussi longue absence’ est un conte terriblement mélancolique sur les pièges de la mémoire et l’obstination, presque obsessionnelle, d’une femme amoureuse. L’interprétation tout en retenue de Georges Wilson et Alida Valli, deux âmes timides qui osent à peine se frôler, est magistrale. – AB

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40

Rendez-vous (1940)

d'Ernst Lubitsch, avec Margaret Sullavan et James Stewart

A Budapest, en Hongrie, Alfred Kralik (le toujours délicieux James Stewart) peut s’enorgueillir d’être le meilleur vendeur de la boutique de M. Matuschek (Frank Morgan). Celui-ci, pourtant, décide d’embaucher à ses côtés la jeune et jolie Klara Novak (Margaret Sullavan), envers laquelle Kralik éprouve une antipathie immédiate et permanente. En parallèle, notre employé modèle entretient une relation épistolaire, d’un romantisme passionné, avec une inconnue trouvée dans les petites annonces... dont Kralik découvrira qu’il s’agit en fait de sa collègue détestée, le jour même où il se fera virer. Comédie de mœurs affectueuse, ironique et amusée sur la classe moyenne, ‘Rendez-vous’ – plus connu sous son titre original : ‘The Shop Around the Corner’ – joue des quiproquos, du comique de situations, de dialogues bourrés d’humour, avec la verve et le talent éclatant des derniers films de Lubitsch. Le tout, servi par des interprétations exquises ; et le thème, assez visionnaire et rare pour l'époque, du déclassement social. – AP

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Guide du film d'amour : 41-60

41

Baisers volés (1968)

de François Truffaut, avec Jean-Pierre Léaud et Claude Jade

Presque une décennie après ‘Les Quatre Cents Coups’ (1959), Truffaut renoue avec Antoine Doisnel dans ce deuxième long métrage de la série consacrée à son alter-ego fictif. Inspiré d’un roman de Balzac (‘Le Lys dans la vallée’), ‘Baisers volés’ voit donc Antoine Doisnel – toujours interprété par un Jean-Pierre Léaud lunaire – travailler comme veilleur de nuit, détective privé ou réparateur de télévisions. Mais surtout, le film est pour Truffaut l’occasion de rendre compte de l’éducation sentimentale de son héros, qu’il case d’abord avec Christine (Claude Jade), puis fait tomber fou amoureux d’une femme mariée (à Michael Lonsdale, d’ailleurs) : Fabienne Tabard (Delphine Seyrig). Celle-ci aura pour lui, au terme d’un monologue d’une sensualité incroyable, ce sommet de la déclaration d’amour impossible : « Je vous propose un contrat, un vrai contrat équitable pour tous les deux. Puisque nous aimons tous les deux ce qui est exceptionnel… Voilà, je viens là, près de vous. Maintenant. Nous restons ensemble pendant quelques heures. Et ensuite, quoi qu’il arrive, nous ne nous revoyons plus jamais. D’accord ? » On vous laisse imaginer la réponse. – AP

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42

Tabou (2012)

de Miguel Gomes, avec Ana Moreira et Carloto Cotta

Comme dans les deux premiers longs métrages du passionnant Miguel Gomes (‘La gueule que tu mérites’ et ‘Ce cher mois d’août’), le récit de ‘Tabou’ est scindé en son milieu. La première partie suit les derniers jours d’Aurora, vieille dame un peu fantasque, du point de vue de sa voisine de palier, à Lisbonne. Inversant la chronologie, la seconde partie de ‘Tabou’, dans un noir et blanc superbe et sans dialogues (admirablement remplacés par une voix-off), narre un amour de jeunesse d’Aurora, en pleine Afrique coloniale. Envoûtant comme un poème, nostalgique d’un paradis perdu, cette histoire d’amour se révèle hélas socialement impossible : Aurora est mariée, bientôt enceinte, tandis que son amant, Ventura, cherche à organiser des tournées avec le groupe de pop (tendance "Be my baby") dont il est batteur. C’est beau, c’est triste, mais sur un ton singulier, fantomatique et irréel. Comme l’ultime spectre de passions, estompées depuis longtemps. Un grand film d’amour, mais aussi l’un des grands films, tout court, de ces dernières années. – AP

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43

La Belle et le Clochard (1955)

d'Hamilton Luske, avec Larry Roberts et Barbara Luddy

Sorti en 1955, ‘La Belle et le Clochard’ appartient à la deuxième vague des grands succès du studio Disney. Après ‘Blanche-Neige et les Sept Nains’ (1937), ‘Pinocchio’ et ‘Fantasia’ (1940) ou ‘Bambi’ (1942), la production s’était lancée dans des films à prises de vues réelles, souvent à des fins de propagande et d’effort de guerre (‘Victoire dans les airs’ en 1943, ‘Les Trois Caballeros’ en 1944)… et y perdit une assez large part de son public. Au début des années 1950, le studio décide donc de se recentrer. Seuls cinq longs métrages sortiront au cours de cette décennie. Mais tous seront des réussites : ‘Cendrillon’ (1950), ‘Alice au pays des merveilles’ (1951), ‘Peter Pan’ (1953), ‘La Belle et le Clochard’ (1955) et ‘La Belle au bois dormant’ (1959). Bref, ce qu’on peut appeler, a posteriori, l’âge d’or des films Disney. Drôle d’histoire d’amour entre un cocker spaniel anglais et un chien errant, ‘La Belle et le Clochard’ est évidemment resté célèbre pour sa scène de spaghettis. Mais, comme souvent chez Disney, il se voit également agrémenté d'un remarquable accompagnement musical, où l’on retrouve la chanteuse Peggy Lee, complice de Duke Ellington, dans pas moins de quatre rôles. Dont celui de ces deux chats siamois délicieusement flippants. – AP

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44

Voyage en Italie (1954)

de Roberto Rossellini, avec Ingrid Bergman et George Sanders

Grand maître du néo-réalisme italien depuis le milieu des années 1940, Rossellini trouve avec ‘Voyage en Italie’ un équilibre aussi audacieux que réussi entre écriture et improvisation, fiction romanesque – en l’occurrence, celle d’un drame sentimental – et approche documentaire de la réalité. Le synopsis est désarmant : Alexander (George Sanders) et Katherine (Ingrid Bergman), couple de touristes anglais, se rendent compte, à leur arrivée en vacances à Naples, qu’ils ne s’aiment plus. Elle, romantique, a un touchant petit côté Madame Bovary ; lui, viril et prosaïque, ferait plutôt penser à Don Draper. Autant dire, c’est la crise. Mais derrière cette idée simple, c’est l’intelligence de la réalisation de Rossellini qui laisse songeur, juxtaposant de véritables séquences de voyage (paysages, scènes de rue, fouilles archéologiques, visites au musée…) à son intrigue principale. Une leçon de cinéma, qui, malgré son âge, n’a rien perdu de sa force. – AP

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45

La Dame du vendredi (1940)

d'Howard Hawks, avec Cary Grant et Rosalind Russell

Ayant débuté comme réalisateur de films muets, Howard Hawks forçait ses acteurs à parler avec un débit très rapide, pour donner à ses films un style plus réaliste et percutant. ‘La Dame du vendredi’, qui pousse cette technique à son paroxysme, se présente donc comme une avalanche de sarcasmes et de bons mots, débités à toute vitesse par ses charmants protagonistes. Hildy (Rosalind Russell), journaliste de talent, annonce à Walter (Cary Grant), son ex-mari et patron, qu’elle compte se remarier et changer de vie. Pendant une journée, Walter met alors au point une succession de stratagèmes éhontés pour gâcher la vie de son rival et, surtout, séduire Hildy à nouveau. C’est drôle, intelligent et impertinent – mais si vous ne voulez pas en perdre une miette, les sous-titres sont fortement conseillés. – AB

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46

Tous les autres s'appellent Ali (1974)

de Rainer Werner Fassbinder, avec Brigitte Mira et El Hedi Ben Salem

Lorsqu’Emmi (Brigitte Mira), veuve allemande pleine d’entrain, décide d’épouser Ali (El Hedi ben Salem), un Marocain de trente ans son cadet, l’incompréhension de son entourage est totale. Ses voisines cherchent à l’expulser de l’immeuble, ses collègues l’évitent comme la peste, même sa famille la renie. Et quand Emmi elle-même, pour tenter d’impressionner ses amies, commence à se vanter de l’exotisme de son mari, il est impossible de réprimer un frisson. S’inspirant d’une histoire d’amour impossible typiquement hollywoodienne (le film emprunte beaucoup à ‘Tout ce que le ciel permet’ de Douglas Sirk) pour la replacer dans le contexte social et politique de l’Allemagne de l’Ouest, Fassbinder donne à ses personnages un comportement volontairement excessif, afin de mieux amplifier l’angoisse psychologique du spectateur. Ainsi, chaque petit acte d’intolérance finit par devenir purement insoutenable. Enfin, ne ratez pas les brèves apparitions de Fassbinder, plutôt comique dans le rôle du beau-fils macho d’Emmi. – AB

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47

Lost in Translation (2003)

de Sofia Coppola, avec Bill Murray et Scarlett Johansson

‘Lost in Translation’ est principalement connu comme le film qui a révélé le fessier de Scarlett Johansson au monde entier, dans un joli plan d’ouverture devenu culte. Mais c’est aussi celui qui parvint, contre toute attente, à nous faire croire que le décalage horaire pouvait être romantique. On ne saura sans doute jamais ce que Bill Murray a murmuré à l’oreille de Johansson dans les derniers moments du film avant de disparaître dans la foule, mais cette fin ambivalente résume parfaitement le caractère improbable et inattendu du deuxième long métrage de Sofia Coppola. Comme les autres œuvres de la réalisatrice, celle-ci est une énième variation sur l’ennui et la solitude. Mais la bande-son rêveuse et la complicité entre les deux acteurs font de ‘Lost in Translation’ son itération la plus douce et la plus touchante. – AB

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48

Week-end (2011)

d'Andrew Haigh, avec Tom Cullen et Chris New

Dans l’univers des films d’amour, il y a les romances épiques à la ‘Titanic’ ou ‘Out of Africa’. Et puis il y a des petits films comme celui-ci, quasi-anecdotiques mais renversants de sincérité. Situé dans la grisaille anonyme d’une ville anglaise, ‘Week-end’ suit deux hommes qui, après un coup d’un soir, voient leur relation évoluer le temps d’un week-end. Andrew Haigh, adepte des mises en scène naturalistes et désormais créateur de la série ‘Looking’ – sur un groupe d’homosexuels à San Francisco –, a le don de savoir conter des histoires à la fois gay et universelles. Cette excitation timide qui précède le début d’une relation, cette tentative de se définir face à l’autre, cette peur très contemporaine de paraître trop romantique : ces premiers moments hésitants que vivent Glen et Russell, nous les avons tous vécus. Quelle que soit notre sexualité. – AB

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49

Sur la route de Madison (1995)

de Clint Eastwood, avec Meryl Streep et Clint Eastwood

A défaut d’être véritablement crédible (vous voyez vraiment Clint Eastwood craquer pour une femme de fermier sans personnalité ?), ‘Sur la route de Madison’ a le mérite de nous montrer à quel point les aventures d'un soir étaient compliquées dans l'Amérique rurale des années 1960. Lorsqu’elle rencontre un mystérieux photographe de passage dans sa petite bourgade de l’Iowa, Francesca, la fermière donc, remet en cause son heureux mariage et se prend à rêver d’un autre destin. Bien sûr, tout ceci ne dure que le temps d’un battement de cils, et il est difficile de ne pas sentir son petit cœur trembler lorsque Clint Eastwood disparaît sous la pluie, emportant avec lui la vie qu’ils auraient pu avoir tous les deux. Ben oui mais c’est comme ça, Francesca : il y a certaines coucheries qu’on n’oublie jamais. Même si l’on sait que ça n’aurait jamais marché. – AB

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Roméo + Juliette (1996)

de Baz Luhrmann, avec Leonardo DiCaprio et Claire Danes

Oui, Baz Luhrmann est bien ce cinéaste ultra-pompier qui aura bousillé sans vergogne le ‘Gatsby’ de Fitzgerald. Sauf qu’en 1996, son ‘Roméo + Juliette’ réussissait quand même à susciter un bel emballement adolescent. D'abord parce que c’est avec ce film, romantique au second degré et visuellement excessif, que Claire Danes et Leonardo DiCaprio explosèrent – un an avant que ce dernier ne se retrouve sur le ‘Titanic’ de James Cameron. Aussi parce qu'en reprenant les mots exacts de la pièce de Shakespeare (en version raccourcie, tout de même), le film de Luhrmann bénéficiait d’un travail d’adaptation plutôt malin, transposant l’action de Vérone dans les quartiers chauds de Los Angeles, où Capulet et Montaigu deviennent deux gangs mafieux. Sur une BO qui fut, avec celle de ‘Trainspotting’, l’une des plus acclamées des années 1990 (compilant Garbage, Prince, Craig Armstrong, The Cardigans et Radiohead à deux reprises), DiCaprio et Danes s’embrasent ainsi en amants maudits postmodernes. Et on y croit. Surtout quand on est ado. – AP

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Les Lumières de la ville (1931)

de Charles Chaplin avec Charles Chaplin, Virginia Cherrill et Harry Myers

L’une des premières rom-coms, ainsi qu'un incontestable sommet de l'ère silencieuse du cinéma, ‘Les Lumières de la ville’ voit le délicieux personnage de vagabond créé par Charlie Chaplin tomber amoureux d’une fleuriste aveugle – et lui faire, plus ou moins accidentellement, croire qu'il est millionnaire. Des manigances s'enchaînent, avec beaucoup de bons vieux gags burlesques (qu’on retrouve parfois aujourd’hui dans 'Les Simpson' ou 'Family Guy'). Et si certains semblent effectivement datés, d’autres demeurent d’une aussi drôles que rafraîchissants. Mais c'est la romance plus que le comédie qui nous fait revenir à ces ‘Lumières de la ville’ – dont la fin, poignante, n’a clairement rien perdu de son intensité émotionnelle.

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4 Mariages et un enterrement (1994)

de Mike Newell, avec Hugh Grant et Andie MacDowell

La quintessence de la comédie romantique à l’anglaise : à la fois élégante, grand public et, surtout, très, très drôle. On y suit Charles (Hugh Grant, devenu grâce à ce film le gendre idéal du genre), charmant et chic trentenaire qui se définit lui-même comme un « monogame en série », entre anciennes copines et nouvelles amantes potentielles – en particulier, la délicieuse Andie MacDowell. Passant de l’intimité la plus douce à d’hilarantes séquences de chaos sentimental, le film de Mike Newell fait preuve d’une honnêteté émouvante, sincère et délicate, notamment lors de la séquence poignante de l’enterrement. Un divertissement authentique et réussi.

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Qui a peur de Virginia Woolf ? (1966)

de Mike Nichols, avec Elizabeth Taylor et Richard Burton

Il faut reconnaître qu'on aura rarement vu, dans une scène de ménage, une perversité comparable à celle de cette adaptation par Mike Nichols de la pièce d’Edward Albee… L’histoire – qui, en fait, n’a rien à voir avec l’auteur de ‘Mrs Dalloway’ – est aussi simple qu’efficace : pendant plus de deux heures, Martha (Elizabeth Taylor) et George (Richard Burton) s’en mettent plein la gueule, devant un jeune couple d’invités (George Segal et Sandy Dennis), d’abord abasourdis mais bientôt ivres-morts.
A noter, d’ailleurs, que la violence des échanges verbaux (et parfois physiques) n’a ici d’égale que la quantité d’alcool ingurgitée par ces quatre protagonistes ! Bref, ça fuse de toutes parts, entre méchanceté gratuite, rancœur agressive, jalousie douloureuse et hystérie collective ; et chacun tape allègrement en-dessous de la ceinture, quitte à faire passer ‘Scène de la vie conjugale’ de Bergman pour une comédie romantique !
Au premier plan, les dialogues de ce quasi-huis clos sont de vraies lames de rasoir, tandis que la réalisation, parfois un peu datée, sait faire preuve d’assez d’inventivité visuelle pour éviter au film de trop ressembler à du théâtre filmé. Surtout, les interprètes, Taylor et Burton en tête (couple orageux à la ville également), s’en donnent à cœur joie. En deux mots, ‘Qui a peur de Virginia Woolf ?’ reste une valeur sûre, récompensée par treize nominations aux Oscars, dont cinq remportés. On peut donc y aller les yeux fermés.

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Un chant d'amour (1950)

de Jean Genet, avec André Reybaz

Jean Genet avait déjà été exclu de la Légion étrangère pour indécence, avait voyagé en Europe en alternant vol et prostitution, et s’était forgé une imposante réputation littéraire avant de réaliser clandestinement ce court métrage silencieux de 26 minutes en 1950. C'est une puissante combinaison de brutalité et de poésie, au fur et à mesure que des prisonniers se tordent sous l'œil lubrique d'un garde, rêvant des rencontres à la fois métaphoriques et sensuelles.
En 1966, un tribunal californien décidé d’interdire «Un Chant d'Amour», en le qualifiant de «pornographie bon marché, censée promouvoir l'homosexualité, la perversion et les pratiques sexuelles morbides». Inutile de dire qu'il devint fissa une sensation underground (qu’on peut retrouver aujourd’hui sur Youtube), et une pierre de touche essentielle pour de futurs cinéastes comme Kenneth Anger, Rainer Werner Fassbinder et Todd Haynes.

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Un jour sans fin (1993)

de Harold Ramis, avec Bill Murray et Andie MacDowell

Il y clairement quelque chose de fascinant dans l’exploitation d’une boucle – et ce ne sont pas les amateurs de hip-hop, d’électro ou de Terry Riley qui nous contrediront. Or, si la répétition reste l'un des maîtres-mots des musiques actuelles, il est assez rare de la retrouver exploitée au cinéma. Pourtant, ‘Un jour sans fin’ aura su en démontrer toute la puissance comique.
Dépêché dans la petite ville de Punxsutawney (à vos souhaits), en Pennsylvanie, pour y couvrir le fameux « jour de la marmotte », Phil Connors (Bill Murray, au sommet de son irascibilité drolatique), journaliste grincheux, découvre horrifié que cette pénible journée chez ceux qu’il considère comme des ploucs se répète inlassablement… Chaque matin, il se réveille en effet au son du même vieux tube de Sonny & Cher (« I Got You, Babe »), à la même date, dans le même lit, et voit les mêmes événements se reproduire, encore et encore… Ce dont il va bientôt profiter pour draguer la délicieuse Andie MacDowell.
Or, le grand ressort de ce film de Harold Ramis (‘Mafia Blues’, ‘SOS Fantômes’), c’est de pousser la logique de son synopsis dans ses retranchements, y compris lorsque son héros décide de se suicider… avant de se réveiller, une fois de plus, avec la voix de Cher dans les oreilles ! Heureusement, l’amour le sauvera de ce cauchemar bourré d'ironie – on vous laisse voir (ou revoir) comment. Sans conteste l’une des meilleures comédies romantiques des années 1990.

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Hiroshima mon amour (1959)

d’Alain Resnais, avec Emmanuelle Riva, Eiji Okada et Bernard Fresson

Sorti au crépuscule des années 1950 et tiré de l'œuvre de Marguerite Duras (qui participe d'ailleurs activement à son adaptation, se chargeant du scénario et des dialogues), ce long métrage d'Alain Resnais est un véritable manifeste esthétique, parfois comparé à la révolution du regard entreprise pour la peinture par Picasso et ses 'Demoiselles d'Avignon'. Et en effet, son récit éclaté fait de 'Hiroshima mon amour' un sommet d'expérimentation narrative, d'une modernité incomparable pour son époque, auquel Godard rendra d'ailleurs hommage l'année suivante dans une séquence d''A bout de souffle' – où Belmondo passe devant une affiche du film.

Evidemment, on est quand même chez Duras : dès le début, il y a une mise en abîme, où une actrice française (Emmanuelle Riva) vient à Hiroshima tourner un film sur la paix. Elle y rencontre un architecte japonais, qui devient son amant et son confident, à la veille de son retour pour Paris. Pendant deux jours, ils se fuient et se cherchent. Et cela lui rappelle le flirt qu'elle avait eu avec un soldat allemand pendant la guerre. Après 'Nuit et Brouillard', Resnais affirme ainsi à nouveau, avec ce premier long métrage de fiction, le souvenir comme une dynamique majeure de son travail, établissant une communication entre passé et présent par un jeu sur la durée et la mémoire du spectateur, pour lequel les images, les mots, les sensations se répondent à travers le déroulement de ce film fractal. Aigu, sensuel et stupéfiant.

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La Femme d'à côté (1981)

de François Truffaut, avec Fanny Ardant et Gérard Depardieu

Après son 'Dernier Métro' aux airs de blockbuster historique, Truffaut revient au quotidien et aux histoires d'amour avec 'La Femme d'à côté', où il met en scène Fanny Ardant, sa compagne de l'époque, aux côtés de Gérard Depardieu – qu'il retrouve ainsi pour la deuxième fois consécutive. Bernard (Depardieu) est marié. Mathilde (Ardant) également. Leurs couples respectifs se fréquentent, s'apprécient. Mais Mathilde et Bernard ont eu une aventure, dans le passé, que leurs conjoints ignorent. Chassé-croisé romantique et sensuel, 'La Femme d'à côté' restera l'ultime romance truffaldienne, servi par des dialogues et un art de la parole toujours aussi vifs. 

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58

Only Lovers Left Alive (2013)

de Jim Jarmusch, avec Tom Hiddleston, Tilda Swinton et Mia Wasikowska

De Détroit, ville-symbole du rock garage, à un Tanger qui rappelle William S. Burroughs, Adam et Eve (impeccables Tom Hiddleston et Tilda Swinton), couple de vampires classieux, s’aiment, bavardent, trinquent, se retrouvent et se séparent infiniment. Parfois, lui compose de la musique, elle déambulant. Episodiquement, la sœur d’Eve, Ava (Mia Wasikowska), vient semer la zizanie, et en profite parfois pour vider un roadie de son sang frelaté. Dans une veine comparable à celle de 'Coffee and Cigarettes', 'Only Lovers Left Alive' combine ainsi légèreté et éloge de la parole, creusant la nostalgie d’une culture pré-Internet fourmillante, entre décadentisme fin-de-siècle et âge d’or des sixties – dont le long métrage décline les références avec humour et goût. Tenant à la fois du méta-film et du manifeste esthétique cool, ce joli récit d’amours jarmuschiennes finit en somme par hanter le spectateur, habitant sa mémoire culturelle comme un spectre complice et languide. L’invocation, ésotérique et stonienne, d’un dandysme rock... à deux.

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59

L'Empire des sens (1976)

de Nagisa Oshima, avec Eiko Matsuda et Tatsuya Fuji

Si ‘L’Empire des sens’ est une bien belle expression, le titre original du film le plus sulfureux d’Oshima, traduit en français, donnerait en fait « La Corrida de l’amour ». Ce qui n’est pas mal non plus, et correspond surtout davantage à ce film au sein duquel, à travers le sexe, il est bien question de mise à mort d’un des partenaires. L’inspiration d’Oshima vient d’ailleurs d’une histoire vraie, et relativement délirante : celle de Sada Abe, ancienne geisha devenue servante et prostituée, et de son amant Kichizo, qui s’entraînèrent mutuellement, au milieu des années 1930, dans une spirale érotique sans autre fin que la mort pour l’un, la folie pour l’autre. Avec ablations d’organes génitaux au dessert. Mettant en scène de nombreux actes sexuels non simulés, ‘L’Empire des sens’ aura d’ailleurs conservé la même aura subversive que ‘Le Dernier Tango à Paris’. Sauf que le film d’Oshima a nettement mieux vieilli que celui de Bertolucci – dont, à la longue, la fameuse scène de la plaquette de beurre a manifestement ranci.

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60

Coup de foudre à Notting Hill (1999)

de Roger Michell, avec Julia Roberts et Hugh Grant

Bien qu'il soit difficile d'oublier l'esprit froid et calculateur qui préside à chaque seconde de cette tentative de répéter et d'élargir le succès au box-office du célèbre ‘Quatre Mariages et un enterrement’, on ne peut nier qu’en tant que comédie romantique jouant sur nos fantasmes les plus naïfs et inoffensifs, ‘Coup de foudre à Notting Hill’ reste très agréable. Presque autant qu’il paraît simple. Lorsque le propriétaire de la librairie de Portobello Road, William Thacker (Hugh Grant), renverse accidentellement du jus de fruit sur la star hollywoodienne Anna Scott (Julia Roberts), c'est le début d'une relation hésitante, maladroite et touchante qui s’annonce.
Rien de vraiment imprévisible à attendre : nos tourtereaux se demandent si leurs vies, profondément différentes, pourraient se rejoindre pour un peu plus de quelques instants. Même si c’est un peu plat, les nuances et les gags font du long métrage un divertissement solide et sympathique. Il est vrai que le scénario de Richard Curtis et la direction solide, bien qu'un peu trop académique, de Roger Michell adoptent un point de vue complaisamment bourgeois, blanc et aisé. Vrai, aussi, que le film pêche par quelques longueurs. Dans l'ensemble, cependant, voila une romance agréablement lisse qui se déroule sous nos yeux, avec des comédiens élégants et quelques jolis morceaux de bravoure. A noter que ce film fait partie de notre collection des meilleurs films d'amour de l'histoire du cinéma : à découvrir ici.

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Commentaires

7 comments
Elsa Pereira
Elsa Pereira

Alors du côté des histoires d'amour LGBT pour une prochaine update en vue : Carol, le génial 'Kyss mig' et tout aussi bon 'Fucking amal', "my summer of love" <3 <3 <3 

Clement L
Clement L

Bonne liste assez varie en terme d univers mais il manque when a man loves à woman de Luis Mandoki qui est pour moi LE plus beau film romantique jamais réalisé

Clotilde G
Clotilde G

Liste variée et complète ! Néanmoins, si la soirée est bien engagée, vous ne regarderez pas le film jusqu'au bout... Alors, afin d'éviter de passer à côté d'un bon film, pourquoi ne pas choisir dès le départ un navet ?

Jean-Pol C
Jean-Pol C

Très belle et bonne liste, surtout bien développée, j'apprécie beaucoup, mais il est vrai aussi que le choix d'un classement est en soit difficile et ressort surtout de la passion de chacun. Ici bien sûr, le chroniqueur que je salue pour sa clarté dans les explications.

Elena T
Elena T

C'est une liste assez bizarre! J'ai été bien surprise d'y ne trouver pas des films excellentes comme Out of Africa (souvenirs d'Afrique), Le Dernier des Mohicans, Pieds nus dans le parc ou Notting Hill...