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Locarno : le festival en 9 films

Retour sur l'édition 2014 du festival de Locarno

Listen Up Philip (Un film réalisé par Alex Ross Perry, prix du jury)
1/9
Un film réalisé par Alex Ross Perry, prix du jury

Au cinéma, les rôles un brin diaboliques ont toujours la côte. Et pour cause ! Que ce soit Jean Yanne dans ‘Que la bête meure’ ou Jack Nicholson dans ‘As Good As It Gets’, les vrais salauds sont (la morale nous pardonnera ce jugement qui ne peut bien valoir qu’au cinéma ou en politique) les plus beaux êtres que l’on puisse voir apparaître à l’écran. Fabuleux affabulateurs, culpabilisateurs sans faille, atroces cœurs de pierre dont l’ethos a moins de valeurs qu’un bouquet de ronces, ces personnages maléfiques portent en eux tout l’égo nécessaire pour « crever l’écran », selon la formule consacrée. Alex Ross Perry l’a bien compris, lui qui a décidé de nous en servir une double dose dans ‘Listen Up Philip’, comédie indépendante américaine tournée en 16mm, qui voit Jonathan Pryce et Jason Schwartzman rivaliser d’esprit, de franchise et de grotesque.

Cet empilement de défauts, le jeune réalisateur est allé le puiser directement dans la culture humoristique juive new-yorkaise. Les références, dans l’humour, sont ainsi à chercher du côté de Philip Roth, Woody Allen ou Jerry Lewis, quand l’image elle, aime à citer Cassavettes dans les innombrables close-up composant le film. Beau, celui-ci l’est également dans sa narration, ses dialogues et un sens photographique à faire pâlir ‘L’Affaire Thomas Crowne’ de Norman Jewison, aussi orange et marron que peut l’être une déclaration d’amour au cinéma juif new-yorkais des années soixante-dix. Le rythme, lui aussi, trouve ses racines dans un cinéma passé, et rappelle les chefs d’œuvres de Billy Wilder, ‘One, Two, Three’ en tête.

Esthétisant et rétro (comme l'était déjà son sous-estimé et enthousiasmant 'The Color Wheel'), le cinéma d’Alex Ross Perry ne manquera pas d’être comparé à celui de Wes Anderson. Proches sur quelques points, les deux cinéastes semblent pourtant diamétralement opposés quant à leur façon de filmer. Tandis que les œuvres du Texan vivent du perfectionnisme sans faille de leur réalisateur, ‘Listen Up Philip’ paraît aussi spontané que son génial second rôle masculin, Jonathan Pryce, dont la complicité avec Schwartzman – dans l’odieux, vous l’aurez compris – ne pourrait nous ravir davantage. Simple et sans autre prétention que d’être beau et drôle, ‘Listen Up Philip’ remplit parfaitement sa mission, tout en perpétuant une tradition cinématographique que les récents Woody Allen peinent à transmettre. Preuve en est : le film a reçu le prix du Jury à Locarno. Un élève qui dépasse son maître, ni plus, ni moins.

Fils De (Un film réalisé par HPG)
2/9
Un film réalisé par HPG

Quel que soit le genre dans lequel il se lance, Hervé-Pierre Gustave reste HPG, dur et fantasque égocentrique au parler cru. Figure tutélaire du porno des années 1990, aventureux réalisateur d'œuvres non-licencieuses telles que 'Les Mouvements du Bassin' ou 'On ne devrait pas exister', l'ancien hardeur a choisi pour ce nouvel essai filmique de camper son habituel personnage, dans un documentaire auto-fictionnel aussi drôle sur la forme que surprenant par son fond.

Loin de chercher à relater la vie et le quotidien d'un pornographe, le réalisateur français s'amuse, tel Audiard dans ‘La Nuit, Le Jour et toutes les Autres Nuits’, à suivre les pérégrinations d’un forban parisien, à montrer les doutes et faiblesses liées à sa paternité, dans un registre qui tire plus volontiers sur le comique singulier de l’américain Louis C.K que sur une érectile biographie de Rocco Siffredi. Le genre rappelle également la récente série écrite et jouée par Éric Judor, ‘Platane’, où la moitié de l'ancien duo Eric & Ramzy fictionnise des éléments de sa vie pour mieux créer un personnage ni tout à fait lui-même, ni tout à fait un autre. HPG, à l’instar de l’acteur fétiche de Quentin Dupieux, n’hésite pas se mettre à nu, à montrer de lui-même le pire sans retenue aucune, et son criant ridicule à l’écran se pare d’un pathétique à faire passer Laurel et Hardy pour d'habiles funambules.

Dès les premières secondes, l’histoire de ce faux documentaire montre un HPG couard, refusant d’assumer un tournage qu’il décide de faire avorter, renvoyant systématiquement dans les cordes femmes, amis et producteurs. Grand déballage de torts et de vices chez ce personnage qui ne se laisse que peu de répit et de crédit, si ce n’est une verve pleine de jolis mots et d’hapax cinématopornographiques tels que « raccord-bite », ‘Fils De’ ne manque pas d’humour et de piquant. Les apparitions soudaines de l’actrice Nina Roberts ou du chanteur Christophe, les cinq minutes de mime musical auquel s’adonne dans son propre appartement celui qui signera également la bande son du film, constituent autant de moments remarquables et profonds.

Profond, le film ne manque en effet pas de l’être. De cette exposition pitoyable d’un être à terre s’infligeant à lui-même son propre tabassage, HPG adopte sans le vouloir un discours sur la pornographie comparable à celui que tenait Kechiche sur le sexe lors de la sortie de ‘La Vie d’Adèle’ : pourquoi donc cacher une pratique si intrinsèquement partagée ? ‘Fils De’ ne manque pas d’aborder des sujets comme l’attrait pour des pratiques et goûts singuliers, avec un parlé franc et une absence totale de jugement, conciliant Mocky et le réalisateur franco-tunisien récemment primé à Cannes, et prouvant au passage qu'une réflexion partie de sous la ceinture ne vaut pas moins qu'une longue logorrhée.

Cavalo Dinheiro (Un film réalisé par Pedro Costa, prix de la réalisation)
3/9
Un film réalisé par Pedro Costa, prix de la réalisation

Représenter les abîmes de la conscience. Tel semble être le parti-pris de Pedro Costa, réalisateur portugais primé pour la cinquième fois à Locarno, qui signe avec ‘Cavalo Dinheiro’ une œuvre aussi bien cinématographique que psychanalytique, aussi belle que difficile d’accès. Véritable plongeon nietzschéen dans les errements mémoriels de Ventura, un ancien combattant de l’indépendance cap-verdienne perdu dans la résurgence de son passé à demi effacé, ce film, primé à juste titre pour sa réalisation, brille par l’univers expérimental dans lequel il nous plonge.

De par sa poésie, sa narration, sa grande profondeur philosophique, mais aussi par ses décors (dont un hôpital omniprésent), ‘Cavalo Dinheiro’ rappelle le splendide ‘Homme regardant au sud-est’ d’Eliseo Subiela. À l’image du film argentin, il tire sur un surréalisme onirique très buñuelien, une science-fiction toute en narration qui fait d’une simple balade nocturne un voyage intérieur vers les traumatismes enfouis. Chaque scène nous transporte dans l’esprit de ce personnage magnifique, en proie à des tremblements terribles qui donnent à chacune de ses actions une intensité inimaginable.

Car Pedro Costa, comme Dumont, Reygadas ou Serra, exploite à merveille le choix d’acteurs non-professionnels. Plutôt que de faire jouer ses scènes, le réalisateur va chercher des personnages qui expriment naturellement la perdition, qui marque à chacun de leurs pas le traumatisme qui a stoppé net leur vie, qu’il s’agisse d’une arrestation, d’un accident ou de la perte d’un proche, et auquel aucun ne saura échapper, comme en témoigne la magnifique scène finale du film. Un théorème idéologique fort, venu parachever une œuvre qui mérite largement sa récompense.

Ventos de Agosto (Un film réalisé par Gabriel Mascaro, mention spéciale du jury)
4/9
Un film réalisé par Gabriel Mascaro, mention spéciale du jury

Dans le nord-est brésilien, les morts ne vont ni au paradis, ni en enfer. « Ils retournent à la mer » clame naturellement l’un des personnages anonyme du film ‘Ventos do Agosto’, splendide témoignage du mode de vie de la partie littorale du Pernambouc, région du nord-est du Brésil dont le jeune réalisateur Gabriel Mascaro est originaire et qu’il a choisi de mettre en lumière pour son premier long métrage. Cet attachement à sa terre, Mascaro l’a illustré en faisant lui-même irruption dans la vie de Shirley et de Jeison, incarnant dans son propre film un documentariste venant capturer ces fameux vents d’août, ceux-là même qui portent en plein hiver tropical les nuages annonciateurs de la tempête dans la vie du jeune couple. Travaillant en tant que pêcheur pour l’un, dans une plantation de coco pour l’autre, le jeune couple illustre parfaitement le quotidien tiraillé entre terre et mer de l’une des plus anciennes régions du Brésil.

Porté par une image magnifique (mention spéciale à Locarno) et un rythme qui semble pleinement reconstruire à l’écran celui de la région filmée, ‘Ventos de Agosto’ illustre parfaitement l’approche documentaire d’un réalisateur que l’on avait d’abord découvert comme journaliste (avec un article traitant déjà du Pernamouc, pour la revue XXI en 2011). Un genre abolissant la frontière entre documentaire et fiction, où le réel se modèle pour mieux restituer une atmosphère que des modes plus journalistiques peinent parfois à exprimer, très à la mode dans le cinéma et la littérature actuelle, et qui témoigne de la vivacité du cinéma brésilien des compatriotes de Fernando Meirelles (que l’on a également pu découvrir à travers le récent ‘Com os punhos cerrados’). Puisant déjà sa force de sa poésie particulière, le cinéma brésilien pourrait rapidement devenir l’un des meilleurs du monde s’il réussit à s’inspirer de la grande diversité que représente son pays. Mascaro, à n’en pas douter, fait partie d’une génération qui a tout pour devenir dorée.

Navajazo (Un film réalisé par Ricardo Silva, léopard d'or dans la catégorie cinéma du présent)
5/9
Un film réalisé par Ricardo Silva, léopard d'or dans la catégorie cinéma du présent

Certains le jugeront putassier, d'autres au contraire parleront d'authenticité et de génie. Ce qui est sûr, c'est que 'Navajazo' ne laissera personne indifférent. S'inscrivant par sa violence dans la grande tradition du cinéma mexicain, à l'image des récents 'Heli' ou 'Workers', le film documentaire de Ricardo Silva s'aventure par-delà le Styx, du côté mexicain de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, véritable enfer sur terre où rester en vie signifie être déjà un peu mort. À l'image de ce terrifiant musicien de rue, chanteur d'un gospel satanique aux sonorités heavy-metal, seuls ceux ayant abandonné leurs rêves et quelques fous pensant y exhausser les leurs arrivent à supporter un quotidien parmi les plus difficiles au monde.

La grande force de cette œuvre, dont le visionnage nécessite obligatoirement de se détacher de toute forme de pudeur, réside dans la proximité entre la caméra et ce que certains considèreront comme les limbes de l'humanité. De toute la folie que l'on retrouve dans cette zone, Ricardo Silva ne paraît rien rater, passant toutes les portes qui sembleraient fermées ou fatales au reste du genre humain. C'est cette franchise qui, précisément, a convaincu le jury du concours 'cinéma du présent' de lui décerner le Léopard d'or, récompensant la témérité nécessaire à la réalisation d'une telle œuvre. La visionner, en un sens, en demande presque autant.

Buzzard (Un film réalisé par Joel Potrykus, mention spéciale du jury dans la catégorie cinéma du présent)
6/9
Un film réalisé par Joel Potrykus, mention spéciale du jury dans la catégorie cinéma du présent

Dans le milieu du film indépendant américain, ‘Buzzard’ devrait réussir à faire parler de lui. Concluant la trilogie animale du réalisateur Joel Potrykus, cette histoire d’un loser à mi-chemin entre 'Napoléon Dynamite' et 'The Office' réussit en effet à transcender la comédie indépendante (très à la mode depuis l’éclosion de la bande à Ferrell, Rogen, Apatow) pour faire de son film une montée d’adrénaline au final haletant, digne du grand 'Taxi Driver'. Le personnage de Marty, interprété par Joshua Burge, n’a pourtant rien d’un grand bandit et tient plus, avec son métier de bureau et ses petites entourloupes quotidiennes, d’un Ricky Gervais acide. Reventes de matériel acheté aux frais de sa compagnie, encaissement de chèques bancaires et discussions entre nerds rythment un quotidien lamentable, que seuls les jeux vidéos et la fabrication d’un gant reproduisant la main de Freddy Kruger viennent pimenter.

Grand enfant peu dégourdi, le personnage de Marty ne muera jamais en adulte. Rendu paranoïaque par la peur de se faire attraper, l’Homme se change en animal et prend la fuite après la découverte de systèmes de contrôle pouvant le mettre à mal. Occupant alors le terrier de son collègue Derek, interprété par le réalisateur, le film s’envole progressivement à mesure que son héros perd la raison, tout en gardant une trame scénaristique ouverte, sans jugement aucun. Cru, le long métrage le devient sans forcer le trait. Le titre de la trilogie prend alors tout son sens, réussissant à exprimer des sentiments très divers face à ce déferlement d’instincts primaires. Jouissif, morbide, épatant, chacun y ira de son impression singulière, face à un cinéma qui révèle autant la part d’ombre de ses personnages que celle de ses spectateurs médusés.

Durak (Un film réalisé par Artyom Bystrov, prix du meilleur acteur pour Yury Bykov)
7/9
Un film réalisé par Artyom Bystrov, prix du meilleur acteur pour Yury Bykov

Souvent inspiré par la trame de contes traditionnels, le conte social russe ne brille que rarement par sa construction narrative. Ce qui fait plutôt une grande œuvre dans le cinéma russe tient en peu de choses : cette capacité à faire parler la violence de la société sur pellicule, à mettre en scène la tension que peuvent faire naître les joutes verbales dans une langue si raide. Cela, Bykov parvient à le retranscrire parfaitement dans ‘Durak’, histoire haletante d’un plombier russe qui décide de briser l’omerta d’une ville nouvelle où l’on règle les problèmes en tournant la tête.

S’engage alors une course contre la montre qui tient autant du cinéma d’auteur russe que du nouvel Hollywood, que ce soit dans la construction des personnages ou dans la tentation du drame. ‘Durak’ interpelle par la violence des rapports humains et la hiérarchie d’une société rongée par la corruption qu’un simple plombier tente de perturber, sans soutien ni aide. Sans être pessimiste, le film se révèle noir, caustique, parfois drôle ou émouvant, tout en déployant un rythme assez éloigné des canons du genre ‘Art et essai’ dont il relève. Un choix qui permet de creuser une galerie de portraits profonds, sans pour autant renier le spectacle et les revirements dramatiques. Sans concession, le film de Bykov allume mèches sur mèches, brûlant tour à tour toutes les figures auquel le cinéma classique se rattache. L’idiot pointé du doigt par le titre même du film est finalement assez difficile à déceler dans ce grand marasme de caractères humains.

Fidelio : l'Odysée d'Alice (Un film réalisé par Lucie Borleteau, prix de la meilleure actrice pour Ariane Labed)
8/9
Un film réalisé par Lucie Borleteau, prix de la meilleure actrice pour Ariane Labed

Embarquer une femme dans un film nautique n’a rien d’anodin. Les vieilles légendes marines, par une superstition que l’on sait forte chez les hommes allant en mer, les ont toujours bannies des navires ; ce que le cinéma, malgré toute la facilité que celui-ci a à recréer le réel, n’a jamais tout à fait su corriger. Des récents et splendides 'Hijacking' ou 'Kon-Tiki' au plus ancien ‘Les Sacrifiés’ de John Ford, rares sont les occasions de voir voguer une quelconque actrice sur les pellicules de 8, 16 ou 35 mm. C’est d’ailleurs sous forme de documentaire qu’est né dans l’esprit de Lucie Borleteau le film ‘Fidelio, l’odyssée d’Alice’, qu’elle écrira finalement sur un bateau-container dont elle était la seule passagère et, par-dessus tout, la seule femme à bord.

De l’histoire initiale, inspirée par une amie elle-même enrôlée dans la marine marchande, la jeune réalisatrice finira par développer un triangle amoureux au centre du film, porté par un impressionnant trio d’acteurs, composé d’Ariane Labed (nouvelle coqueluche du cinéma européen et prix de l'interpétation féminine), de Melvil Poupaud et d’Anders Danielsen Lie, révélation du splendide ‘Oslo 31 Août’, dont la prestation en tant que jeune dessinateur rêveur ne laisse planer aucun doute quant à son talent. Époustouflant, le jeune acteur-musicien confirme tout le bien que l’on pouvait déjà penser de lui aux côtés d’une des actrice les plus en vue du festival de Locarno - et que le public français ne devrait pas tarder à mieux connaître.

Mais plus encore que par ses acteurs, cette odyssée d’Alice brille par son décor nautique : le Fidelio, vieil ensemble de moteurs fatigués, de câbles rafistolés, qui semble, comme le répètent les membres de l’équipage, posséder une âme. Quand le cinéma se jette à l’eau, l’horizon azur de l’océan seul ne suffit pas à créer le beau, et les pièces du puzzle amoureux représentant les trois protagonistes ne saurait s’emboiter aussi bien en l’absence du navire, dont les états d'âmes mécaniques suivront ceux, sentimentaux, d’Ariane Labed. N’en déplaise à Baudelaire, celui-ci finira par révéler les « richesses intimes » louées par l’’Homme et la mer’ : à nous donc de corriger ce bon vieux Charles en s’exclamant « Femme libre, toi aussi, toujours tu chériras la mer ».

Lucy (Un film réalisé par Luc Besson)
9/9
Un film réalisé par Luc Besson

Très peu de temps après la sortie de l'excellent 'Under The Skin', voir Scarlett Johansson renfiler le costume de femme mutante a de quoi surprendre. Certes, l'association entre l'actrice américaine et le M. Hollywood français rappelle la meilleure période de ce dernier, qui s'est éteinte autour des années 2000. Mais souhaiter passer de justesse après la magnifique adaptation du roman de Faber ne semble bien démontrer qu'une seule chose : l'inventivité n'est clairement plus le souci de Besson. Ainsi, l'enthousiasme que pourrait susciter malgré tout le duo se retrouve rapidement emporté par un flot ininterrompu de grosses ficelles et de lourds clins d'œil, dans un film totalement incapable de surprendre. Là où Jonathan Blazer jouait sur une science-fiction très onirique, proche du film anglais 'Moon', Besson s'applique à ne jamais pénétrer ce territoire, à ne jamais sortir de la superproduction d'action à gros effets spéciaux, bref à faire du Besson, rien que du Besson.

Du côté de l'histoire, le réalisateur s'est contenté surimprimer un filtre marvellesque à son geste classique et de signature : une femme poursuivie, des bagnoles, des flingues.  Autant dire que ce dernier a sans doute dû beaucoup pleurer la mort de Paul Walker, héros de la série des 'Fast & Furious', héraut d'un cinéma qui semble un peu perdu dans les vallées tessinoises de Locarno, où il fut présenté en ouverture du festival. Même le casting, pourtant très intéressant, n'arrive pas à faire décoller une œuvre qui ne surprend jamais, et les personnages stéréotypés de Besson ne permettent pas d'en tirer la quintessence. Morgan Freeman s'en tient à un rôle déjà interprété dans une bonne centaine de films, et la rafraîchissante présence de Min-sik Choi ne suffit pas à faire décoller les interprétations. L'originalité, chez Luc Besson, semble ainsi se réduire à des touches d'anticipation paresseuse, là où son dernier grand film, 'Le Cinquième Élément', proposait une aventure des plus ludiques. Bref, ce n'est pas aujourd'hui que l'on ira prendre des cours d'écriture auprès de Luc Besson.

Éclectique et expérimental, le festival du film de Locarno l'est par nature. Mais il ne perd pas pour autant une occasion de le rappeler par quelques effets de cape dans sa programmation. Cette année, entre la projection en ouverture du film 'Lucy' de Luc Besson et le Léopard d'or attribué à l'œuvre philippine de 5h38 minutes 'Mula sa kung ano ang noon', le monument tessinois n'a pas manqué d'exhiber fièrement ces deux qualités, que les nominations de films comme 'Navajazo' et 'Cavalo Dinheiro' ont également pleinement justifié. En récompensant des films performatifs, tantôt violents par leur durée, les images montrées ou les choix de mise en scène, ce festival a, plus que tout autre évènement du genre, cherché à communiquer avec son public, mais aussi confirmé des tendances à venir dans le cinéma, notamment le croisement montant entre documentaire et fiction, déjà très à la mode dans les genres artistiques écrits.

Du côté des primés, dans les deux catégories phares, un seul film français a eut droit aux honneurs, avec le meilleur rôle féminin pour Ariane Labed. Présenté hors concours, 'Fils De' d'HPG nous a conquis, tandis que 'Marie Heurtin', de Jean-Pierre Améris, a lui été récompensé par le magazine Variety dans la catégorie 'Prix du public', qui a vu le suisse Peter Luisi remporter le vote des spectateurs pour 'Schweizer Helder'. 'Durak', 'Listen Up, Philip', 'Cavalo Dinheiro' et 'Ventos de Agosto' complètent le podium du concours international, respectivement pour le meilleur rôle masculin, le prix du jury, le prix de la réalisation et la mention spéciale, tandis que dans la catégorie cinéma du présent, la violence de 'Navajazo' et 'Buzzard' ont fait mouche. Luc Besson, lui, repartira bredouille du festival...

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