Monde icon-chevron-right France icon-chevron-right Paris icon-chevron-right Les 30 meilleurs films tournés à Paris

Les 30 meilleurs films tournés à Paris

Notre sélection des meilleurs films pour redécouvrir Paris. Histoire de sillonner à l’écran notre chère capitale.

Inception
Inception
Par Houssine Bouchama et La Rédaction |
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Tout au long de l’histoire du cinéma, entre les Années folles et aujourd’hui, Paris a été une source d’inspiration pour des centaines de réalisateurs, français et étrangers. On les comprend : entre son architecture et ses monuments, son romantisme et ses Parisien(ne)s, Paris et son décorum de rêve serait presque un personnage à lui tout seul. Dans ce méga-dossier (30 longs-métrages), on a voulu mettre en avant ces films – pour la plupart des chefs-d’œuvre – qui nous ont fait bourlinguer entre le Paris de rêve ou de carte postale (Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain) au Paris moins fantasmé, quelque part entre l’avenue de Laumière et la plus cossue avenue Trudaine. Entre les balades d’Antoine Doinel, les déambulations surréalistes de Denis Lavant (Holy Motors) ou les scènes de rues distordues (Inception), voici notre sélection des meilleurs films tournés à Paris, pour sillonner à l’écran notre chère capitale.

A découvrir également : Les 100 meilleurs films français de l'histoire.

Les meilleurs films tournés à Paris

Holy Motors (2012) de Leos Carax

Si le long métrage de Leos Carax commence dans les Yvelines (devant l’impressionnante villa Paul Poiret construite par Robert Mallet-Stevens à Mézy-sur-Seine), le fascinant Holy Motors nous conduit également à l’intérieur de l’église Saint-Merri pour un mémorable interlude musical, dans les sous-sols du 13e arrondissement pour une scène de double meurtre, à travers les quais de la Seine et, surtout, à l’intérieur de la Samaritaine en ruine, avec une incroyable séquence musicale (featuring Kylie Minogue) en écho aux Amants du Pont-Neuf. Une Samaritaine comme on ne l’a jamais vue et comme on ne la verra sans doute à nouveau jamais, pour l’un des meilleurs films français des dernières années, sans le moindre doute.

400 coups
DR

Les Quatre Cents Coups (1959) de François Truffaut

Avec la Nouvelle Vague, Paris émerge comme environnement de tournage majeur. Jusqu’alors rarement envisagées comme décor naturel pour des raisons logistiques, ses rues avaient plutôt tendance à être reconstituées en studios – généralement ceux de Boulogne-Billancourt – comme ce fut le cas pour les fameux films de Marcel Carné (Hôtel du Nord, Les Enfants du Paradis…). Avec Les Quatre Cents Coups, Truffaut innove radicalement, plaçant sa caméra entre Montmartre et Pigalle – poussant même parfois jusqu’au 8e – pour y suivre les pérégrinations de son alter ego, le jeune Antoine Doisnel (incarné par le génial Jean-Pierre Léaud). D’ailleurs, toute la série des Doisnel verra défiler le bitume parisien : à travers les 9e et 18e arrondissements dans Baisers volés, ou les quartiers plus bourgeois de la rue de Sèvres ou de l’Etoile dans Domicile conjugal. La bande-annonce ci-dessous, d’époque, donne une idée de l’impact du film de Truffaut, et de la révolution qu’il constitua alors sur le plan de la mise en scène.

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Le Samourai
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Le Samouraï (1967) de Jean-Pierre Melville

Comment ne pas s'arrêter sur Le Samouraï, chef-d'œuvre de sobriété de Jean-Pierre Melville, où un impassible Alain Delon, tueur à gages traqué de toutes parts, sillonne la capitale entre sa chambre de l'impasse des Rigaunes (près du métro Télégraphe, dans le 19e) jusqu'aux quartiers cossus du 8e arrondissement (entre la rue de Berri et les Champs-Elysées), en passant par la gare Masséna dans le 13e. En outre, une traque haletante se joue alors dans le métro parisien, entre les lignes 11 et 7bis, vers la station Place des Fêtes... Et à l'époque, pas de pass Navigo, mais un poinçonneur qui fait immanquablement penser à une chanson de Serge Gainsbourg. Classique absolu, illustré d'une prenante musique de François de Roubaix et d'une efficacité haletante, Le Samouraï n'a pas pris une ride (il aura d'ailleurs inspiré son Ghost Dog à Jim Jarmusch), dans un Paris d'époque où, en plus, les voitures sont superbes – ah, les fameuses DS !

Hugo Cabret
Photograph : Jaap Buitendijk

Hugo Cabret (2011) de Martin Scorsese

A première vue – et c'est chose rare – il semble bien difficile d'inclure Hugo Cabret dans la lignée des chefs-d’œuvre scorsesiens... Ici, le film met en scène des enfants, et dépeint en 3D leurs aventures joyeuses dans le décor un peu surfait de rues du Paris des années 1930, finalement moins hostile que l'on voudrait nous le faire croire. Pour autant, gare aux jugements hâtifs : il est bien possible que ce long métrage soit l'une des œuvres les plus personnelles de Scorsese. Vibrante déclaration d'amour au cinéma, Hugo Cabret est un hommage chargé d'émotions, célébrant les magiques imperfections de la pellicule, au moment même où ses jours se voient comptés... Bref, c'est un film sur le bonheur de faire des films, et sur l'importance de perdre la raison – et de se trouver soi-même – dans une salle obscure. En apparence, Hugo Cabret ressemble à un conte de fées pour enfants, inspiré de la bande dessinée de Brian Selznick publiée en 2007, et adaptée ici par John Logan (Aviator), déployant les dernières innovations techniques de l'imagerie de synthèse pour recréer le décor d’un Paris ensorcelant. La ville n'y est pas montrée avec réalisme mais s’y trouve sublimée, plus grande, plus belle, plus merveilleuse que nature…

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Cléo de 5 à 7
Photograph: You Tube_UniFrance

Cléo de 5 à 7 (1962) d'Agnès Varda

Entre cinq et sept heures du soir, Cléo (Corinne Marchand), jeune et jolie chanteuse, déambule à travers Paris dans l'attente anxieuse de ses résultats d'analyses médicales, à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Fable urbaine en temps réel, promenade philosophique le long de la rive gauche – traversant le parc Montsouris et le quartier de Montparnasse pour y rencontrer une cartomancienne, un garçon de café ou un amant… –, ce film essentiel d’Agnès Varda propose une épatante synthèse entre fiction et documentaire, qui résume avec finesse et sensibilité l'apport majeur de la Nouvelle Vague lors de sa sortie, en 1962. Mais, en plus de jouer des codes du cinéma-vérité avec habileté à travers une histoire poignante, à la fois extrême et banale, Cléo de 5 à 7 a, en outre, le charme et la légèreté d’un film d'amis à travers les rues de Paris. Et précisons : de talentueux amis. Ainsi, dans un court métrage muet et burlesque (Les Fiancés du pont Mac Donald), inséré dans la narration même du film de Varda, reconnaît-on Jean-Luc Godard et Anna Karina, Samy Frey, Jean-Claude Brialy, et même Georges de Beauregard, célèbre producteur de Demy, Chabrol, JLG ou Melville…

Saint Laurent
DR

Saint Laurent (2014) de Bertrand Bonello

En général, le biopic (ce fameux biographical picture qu’on pourrait souvent traduire par « hagiographie du pauvre ») est un genre à fuir. Lourdaud, pléonastique, parfois mystificateur. Ce n’est pas le cas ici ! En se concentrant sur une décennie culturellement mythique (1967-1976), le Saint Laurent de Bertrand Bonello semble faire un choix nettement plus judicieux que le film de Jalil Lespert, sorti plus tôt la même année et retraçant en intégralité la vie du créateur de mode. D’abord, il y a la méticulosité du travail, rendue de façon extrêmement précise. D’une certaine manière, le film lui-même fait dans le cousu main de luxe. Comment fonctionne un atelier, quel sacerdoce créatif et quelle pression nerveuse l’élaboration d’une collection exige-t-elle, à chacun des échelons de la chaîne de production… Et puis, il y a évidemment le personnage hors-du-commun d’Yves Saint Laurent, incarné par un Gaspard Ulliel qui tient clairement son plus grand rôle à ce jour, bien au-delà du simple mimétisme avec ce portrait d'un génie précoce, bipolaire, alternant euphorie et dépression, audace et malaise, sérieux et déglingue. Dans une narration qui finit par mêler les époques dans un tourbillon sensoriel, il bourlingue entre un hôtel particulier avenue d'Iéna, dans les buissons des « jardins gay du Louvre » et dans le club Le Sept reconstitué au ParisParis, avenue de l'Opéra…. Saint Laurent ressemble fort à un chef-d’œuvre du genre.

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A Bout de Souffle
Optimum Releasing

A bout de souffle (1961) de Jean-Luc Godard

Ainsi naquit un double mythe : un classique absolu, et un cinéaste controversé porté au pinacle. Traité dans mille ouvrages, encore discuté aujourd'hui, A bout de souffle est un film d'une liberté hallucinante, où la beauté garçonne de Jean Seberg dispute la lumière à l'hallucinante décontraction d'un Jean-Paul Belmondo âgé de 27 ans. Laissant entrevoir un Melville, un Jean Douchet, ou même Godard lui-même au détour d'un plan, A bout de souffle allait devenir un étendard de la Nouvelle Vague, l'un de ces films dont l'aura ne s'est jamais démentie. Dernières heures d'un tueur de flic en fuite, A bout de souffle est tout à la fois un vent de liberté, une histoire d'amour, un instantané de vie, un bras d'honneur aux règles cinématographiques. Les dialogues étaient écrits sur des bouts de nappe, soufflés par Godard pendant les prises, le film éclairé avec les moyens du bord... et tourné à même les rues de Paris : des bars du Quartier latin jusqu'à la rue Campagne-Première où il se termine, en passant par ses inoubliables scènes sur les Champs-Elysées, A bout de souffle fait de la capitale l'un des meilleurs décors de cinéma des années 1960.

© Memento Films

120 Battements par minute (2017) de Robin Campillo

Dix ans après avoir coécrit Entre les murs (lauréat de la Palme d'or en 2008), Robin Campillo – scénariste et réalisateur à l’origine du chef-d’œuvre Eastern Boys – nous offre ce film de lutte qui suit dans les années 90 les militants d’Act Up à Paris, des gens (formidables Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel…) qui se battent pour faire entendre auprès des autorités et du grand public leur rage de vivre, à travers des actions coup de poing : assaut du siège d'une société pharmaceutique, coloration de la Seine en rouge sang… Sous ses faux airs naturistes, le film traite aussi – et surtout – de l’amour, du désir et de l’ivresse, magnifiée par la bande originale d’Arnaud Rebotini (César 2018 de la meilleure musique originale), qui abandonne pour un temps les textures noires pour quelque chose de plus « lumineux » et house. Progressivement, la structure du film nous emmène du collectif à l’individu, dans la vie de deux militants – l'un séropositif, l'autre non – qui tombent amoureux sur fond de spleen… En bref ? Un grand film.

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Baisers volés
DR

Baisers volés (1968) de François Truffaut

Troisième volet des aventures sentimentales d’Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) après Les Quatre Cents Coups (1959) et le court métrage Antoine et Colette (1962), Baisers volés s’inspire librement d’un roman de Balzac (Le Lys dans la vallée) pour nous conter les hésitations amoureuses d’Antoine, au cœur tiraillé entre deux femmes : la jeune et jolie Christine Darbon (Claude Jade) et la femme de son patron, Fabienne Tabard (Delphine Seyrig). Surtout, le film nous permet de traverser le Paris de 1968, des quartiers populaires du 18e (entre la rue de Steinkerque, où réside Antoine, et la rue Caulaincourt) et 19e arrondissements (en particulier l’avenue de Laumière), jusqu’aux quartiers plus cossus de l’avenue Trudaine (9e), d’Ecole militaire (7e) – dans l’appartement de l’acteur Michael Lonsdale, prêté pour l’occasion – jusqu’au 16e, dans la boutique de chaussures de luxe où travaille Antoine Doinel.

Out 1
Photograph : You Tube_Carlotta Films US
Cinéma

Out 1 : Noli me tangere (1971) de Jacques Rivette et Suzanne Schiffmann

Continuons donc sur notre lancée, toujours en compagnie de Jean-Pierre Léaud, de la Nouvelle Vague et d’Honoré de Balzac (l’auteur des Scènes de la vie parisienne semblant ici convenir idéalement à notre propos, le film s’inspirant de L’Histoire des Treize), avec ce film-monument du regretté Jacques Rivette et Suzanne Schiffman, tourné à travers Paris en 1970 (et sorti l'année suivante). Rivette qui, de Paris nous appartient (1960) à Va savoir (2001) a magnifiquement su filmer les toits de la capitale, établit avec Out 1 un formidable récit polyphonique, qui nous fait redécouvrir un Paris d’époque, entre terrasses de café (où l’on fume énormément), salles de répétition, boutiques ou appartements, et nous permet, entre autres, de revoir les différentes portes de Paris, lors d’une chasse à l’homme aux airs de balade aléatoire.

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Ménilmontant
DR

Ménilmontant (1926) de Dimitri Kirsanoff

Tourné pendant l’hiver 1924, ce film commence par un massacre à la hache pour le moins trash et inattendu : celui des parents de deux fillettes, devant leur maison de campagne. Orphelines, celles-ci vont alors gagner Paris et le quartier de Ménilmontant, où bien des aventures – et des déconvenues – les attendent. Non seulement ce film, le plus célèbre de Kirsanoff, reste d’une cruauté qu’on n’imagine pas nécessairement pour l’époque, mais il se révèle surtout d’une très grande modernité visuelle et narrative : abandonnant les intertitres et toute velléité d’expressionnisme, Ménilmontant ose les surimpressions, les crescendos de gros plans, les décors naturels et un montage parfois audacieusement psyché. Reconnu par les amateurs comme un chef-d’œuvre du cinéma muet, ce moyen métrage réussit autant à rappeler les films d’Eisenstein (pour l’intelligence du montage) et Griffith (pour sa narration et ses gros plans) que ceux des dadaïstes Man Ray et Hans Richter. En outre, il permet de retrouver le 20e arrondissement comme on ne l’avait jamais vu, il y a près d’un siècle.

Casablanca
DR

Casablanca (1942) de Michael Curtiz

Amour, nostalgie, passion, espionnage, politique : si Casablanca, l’un des chefs-d’œuvre hollywoodiens de Michael Curtiz, se place au premier rang de notre classement des meilleurs films romantiques, c’est qu’il dépasse de loin, dans son propos, les habituelles problématiques du genre, tout en réussissant à en exploiter, avec brio, les nombreux poncifs. « Quand tous les archétypes déferlent sans aucune décence, on atteint des profondeurs homériques. Deux clichés font rire. Cent clichés émeuvent », écrira d’ailleurs à son sujet Umberto Eco. Le film de Curtiz, récompensé par trois Oscars (meilleurs scénario adapté, réalisateur et film), a marqué l’histoire, jouant sur le charisme fou de l’impossible couple formé par Bogart et Bergman, une photographie à faire pâlir les studios Harcourt et une progression mélodramatique implacable. Au fond, si Casablanca semble a posteriori moins génialement moderne que le polar Le Grand Sommeil (1946) d’Howard Hawks par exemple (mettant également « Bogey » en scène, cette fois aux côtés de Lauren Bacall), c’est sans doute aussi ce côté immédiat, populaire, qui en fait une œuvre romantique incomparable. Le tout à Paris, plus que jamais la plus belle ville du monde…

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Elle (2016) de Paul Verhoeven

Adapté du roman Oh… de Philippe Djian, Elle tient un véritable joker avec l’impeccable Isabelle Huppert. Elle interprète ici Michelle, fondatrice parisienne d’une boîte de jeux vidéo qui se retrouve traquée et violée par un mystérieux assaillant en combinaison de ski. Par ailleurs fille d’un célèbre tueur de masse, la personnalité complexe de l’héroïne ne cesse de relancer l’intrigue par ses réactions inattendues, qui risquent d’en déranger plus d’un – après tout, on est dans un Verhoeven. D’une certaine manière, Elle semble parfois compiler trois films en un. Par moments comédie de mœurs à la française, notamment lors d’une scène de dîner particulièrement jouissive, le film évolue vers le thriller pervers et sophistiqué, dans lequel Michelle scrute chacun des hommes de son entourage, les soupçonnant tour à tour d’être son violeur sans visage. Enfin, le long-métrage plonge dans des eaux troubles, qui pourraient s’apparenter à une provocation dérangeante, une misogynie toxique ou au portrait psychologique complexe d’une femme singulière. Tourné entre Paris et une villa de Saint-Germain-en-Laye, voilà un film dont on se souviendra longtemps.

Red Ballon
DR

Le Ballon rouge (1956) d'Albert Lamorisse

Retour à Ménilmontant, cette fois au beau milieu des années 1950, avec le poétique et splendide Le Ballon rouge d’Albert Lamorisse, ou l’histoire d’amitié entre un jeune garçon (interprété par Pascal Lamorisse, le fils du réalisateur) et un ballon gonflé à l’hélium. Tourné dans les rues des 19e et 20e arrondissements, notamment avec les élèves de l’école primaire de la rue du Pré Saint-Gervais (donnant sur la place des Fêtes, où elle croise la rue des Lilas), Le Ballon rouge demeure un moyen métrage (36 minutes) humble, poignant et génial, à la fois récompensé par le prix Louis-Delluc, la Palme d’Or du court métrage et l’Oscar du meilleur scénario original. Rien que ça. A noter également qu’on y croise, face à la caméra, Vladimir Popov, ancien directeur de la photographie d’Eisenstein (sur La Grève, Le Cuirassé Potemkine et Octobre), pour sa dernière apparition en tant qu’acteur.

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La nuit nous appartient
Photograph : BFI

Paris nous appartient (1961) de Jacques Rivette

Sorti en 1961, mais tourné trois ans plus tôt, en même temps que Les Quatre Cents Coups (dans lequel la famille Doisnel se rend d’ailleurs au cinéma pour voir un film nommé… Paris nous appartient), ce premier long métrage de Jacques Rivette s’affirme comme un chant d’amour à Paris, à sa jeunesse et à la clique de la Nouvelle Vague, qui reste l’un des groupes à avoir le mieux – et le plus amoureusement – filmé la ville. De Paris nous appartient à Va savoir en passant par Le Pont du Nord, Rivette aura souvent immortalisé la capitale. Dans l’extrait suivant, il filme un délicieux Jean-Luc Godard devisant au sujet d’une certaine Tania, dernière descendante de Gengis Khan, tout en draguant (avec une indéniable originalité) la fille de la table d'à côté, à la terrasse d’un café du boulevard Saint-Germain : « Le Royal Saint-Germain » (à côté de la brasserie Lipp, juste avant le croisement du boulevard avec la rue de Rennes), aujourd’hui remplacé… par une boutique Armani ! Comme quoi, pas sûr que Paris nous appartienne encore… Bientôt la reconquête ?

Inception (2010) de Christopher Nolan

S’il vous a donné la migraine au ciné, on ne peut que vous conseiller de le revoir chez vous, confortablement installé. Vous pourrez même faire une pause – pipi ou autre – sans (trop) perdre le fil. Car Inception demande une attention soutenue durant 2h30 pour pleinement apprécier la complexité et la profondeur de son scénario labyrinthique, parfois confus. D’autant que Christopher Nolan n’hésite pas à imbriquer les codes de plusieurs genres cinématographiques (film d’action, thriller, drame et surtout… SF), histoire d’épaissir un propos déjà dense : une équipe de hackers mercenaires, dirigée par DiCaprio himself, est employée par un homme d’affaires pour influencer un concurrent via ses rêves. Une mise en abyme du principe de rêve lucide tenant largement ses promesses, malgré un didactisme parfois répétitif – les personnages sont eux-mêmes amenés à expliquer les procédés qu’ils utilisent pour remplir leur mission, s’adressant à travers d’autres personnages au spectateur lui-même. Le rapport avec Paris ? Une scène mythique : attablé au Café Debussy (dans la réalité, un traiteur italien), et alors que Di Caprio échange avec Ellen Page sur le sommeil paradoxal, Paris se brise et explose dans tous les sens. Bluffant !

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Montparnasse
Photograph : You Tube British Pathe

Montparnasse (1929) d'Eugène Deslaw

Né en Ukraine, Eugène Deslaw s’installe à Paris en 1922, à l’âge de 24 ans. Il réalise alors une poignée de documentaires aux plans extrêmement graphiques, manifestement inspirés par l’esthétique du futurisme italien, parmi lesquels on retrouve cet excellent Montparnasse de 1929. A l’époque, sous les affiches de la célèbre Kiki de Montparnasse (chanteuse, danseuse et muse des surréalistes), les automobiles côtoient des troupeaux de chèvres. Aux terrasses des bistrots et dans les rues, on croise Marinetti, Luis Buñuel fumant une clope (à 13’22) ou l’artiste d’origine japonaise Tsuguharu Foujita… Bref, le film de Deslaw, proche dans son projet et son dynamisme de Dziga Vertov (qui, la même année, réalise L’Homme à la caméra dans les rues d’Odessa), reste un document beau et passionnant, aussi précieux que réjouissant, sur les Années folles et le cœur culturel du Paris de l’époque. Un pur voyage dans le temps, en un simple quart d’heure.

Amélie Poulain
DR

Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain (2001) de Jean-Pierre Jeunet

Petit saut dans le temps pour arriver jusqu’aux années zéro, où Paris semble à nouveau connaître un profond regain d’intérêt comme lieu de tournage ; ce qu’on peut en partie attribuer à l’immense succès populaire du personnage incarné par Audrey Tautou. Toutefois, le paradoxe est ici sans doute que le Paris figuré par le film de Jean-Pierre Jeunet se plaît surtout à évoquer le passé mythique d’un de ses lieux les plus touristiques : Montmartre et sa butte, son Sacré-Cœur, le cinéma Studio 28 ou sa brasserie Les Deux Moulins (au 15 rue Lepic). Cependant, n’oublions pas que le film nous promène également dans l’ancienne station de métro Porte des Lilas Cinéma, sur le pont du canal Saint-Martin (à nouveau lui) ou dans les gares du Nord et de l’Est. Un Paris de rêve ou de carte postale, certes, mais encore habité – dans tous les sens du terme…

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L'Ombre des femmes
Photograph: You Tube Cinémathèque

L’Ombre des femmes (2015) de Philippe Garrel

S’il y a un cinéaste qui a su magnifier comme personne la vétusté poétique des appartements parisiens (et des chambres à coucher), c’est bien Philippe Garrel. Alors que son précédent film, La Jalousie, se déroulait dans le sud du 16e arrondissement, son dernier – et très beau – long métrage L’Ombre des femmes ressemble quant à lui à une étude du 10e, depuis l’appartement où son couple de héros, réalisateurs de documentaires fauchés, malmènent leur vie de couple, jusqu’aux cafés des rues adjacentes, dans le coin du boulevard Saint-Martin et du métro Bonne-Nouvelle. Paris, éternelle capitale des amours ; y compris de ceux qui se cassent la gueule…

Le Sang des bêtes
Photograph : Forces et voix de la France

Le Sang des bêtes (1949) de Georges Franju

Avant de devenir l’un des hérauts de la Nouvelle Vague et du film de genre à la française – avec Les Yeux sans visage (1960) et Judex (1963) –, Georges Franju réalisa quelques documentaires, dont ce premier moyen métrage où il nous fait découvrir les abattoirs de Vaugirard et de la Villette, sur un commentaire de Jean Painlevé (lui aussi réalisateur, et proche de Jean Vigo). D’un réalisme qui ferait passer Massacre à la tronçonneuse pour un conte de Noël, Le Sang des bêtes fut notamment motivé par la présence, près des abattoirs, des terrains vagues du 15e arrondissement et du canal de l’Ourcq dans le 19e, offrant au réalisateur « un contrepoint lyrique à la tuerie des échaudoirs ». Non sans sympathie pour le surréalisme, Franju estime ainsi avoir « cherché à donner aux décors naturels l’aspect de l’artificiel, l’aspect du décor construit ». En un jeu de mots un peu facile, on aurait donc envie de résumer ce film, impressionnant coup d’essai d’un cinéaste visionnaire, en disant qu’il s’agit… d’une véritable tuerie.

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Le Petit Lieutenant
Photograph : You Tube_imineo Bandes Annonces

Le Petit Lieutenant (2004) de Xavier Beauvois

Film coup de poing de Xavier Beauvois, Le Petit Lieutenant offre un véritable tour de l’Est parisien – avant de s’envoler, pour une traque finale, vers la Côté d’Azur. Débutant devant Notre-Dame, le long métrage nous entraîne bientôt vers Bastille avant de nous proposer un bon tour des berges de la Seine : du quai de Valmy (10e), à ceux de la Rapée ou de Bercy (12e). Enfin, c’est surtout à travers le 20e arrondissement que le film met en scène une puissante filature, passant par la rue des Pyrénées à l’avenue du Père Lachaise ou la place Gambetta. Un quartier où il fait d'habitude bon flâner, ici traversé d’une rare tension.

Nocturama
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Nocturama (2016) de Bertrand Bonello

Une vraie bombe : certes, le jeu de mots est un peu facile pour qualifier le nouveau long métrage de Bertrand Bonello, Nocturama, mystérieuse histoire de jeunes gens qui font littéralement sauter Paris. C’est à travers son thème que le film dynamite clairement les attentes, jusqu’à créer chez le spectateur un suspense, une tension, une excitation parfois incroyables. Pour le dire simplement, Bonello s’attaque ici au sujet le plus casse-gueule qu’on pourrait imaginer. Le terrorisme. Un vrai travail d’équilibriste, dont il se tire avec une virtuosité à la fois laconique et implacable. Car, laissant en suspens les motivations de ses protagonistes, le film paraît peu à peu lorgner vers un absurde assez camusien, qui pourrait trouver son origine dans certains textes de Dostoïevski. C’est-à-dire qu’il ne situe absolument pas l’insurrection à un niveau militant, mais plutôt symbolique, profondément humain, peut-être même métaphysique ; tout en lui donnant pour cadre le Paris d’aujourd’hui, entre la Samaritaine, la Statue de Jeanne d’Art (Place des Pyramides) et les couloirs de la RATP.

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Paris vu par...
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Paris vu par... (1965) - Collectif

Assez méconnu, ce film à sketches collectif de 1965 apparaît un peu comme l'ultime combo de la Nouvelle Vague, à l'époque où elle se présente encore comme un groupe soudé et cohérent. Mais c'est aussi l'occasion d'une balade à travers Paris comme on en voit peu : Claude Chabrol, apparemment déjà féru de drames bourgeois, pose ainsi sa caméra dans le 16e arrondissement, Eric Rohmer occupe la place de l'Etoile, Jean-Luc Godard alterne entre Montparnasse et Levallois, Jean-Daniel Pollet arpente la rue Saint-Denis, Jean Rouch squatte la gare du Nord et Jean Douchet investit le café de Flore. Film-manifeste d'un cinéma en toute liberté, amical et ludique (aux antipodes des idées reçues sur la Nouvelle Vague), essentiellement tourné dans la rue et en 16 mm (format le plus léger de l'époque), Paris vu par... conserve, à près de cinquante ans de distance, une fraîcheur juvénile, parfois maladroite, mais terriblement sympathique. Surtout, le film nous permet de revoir Paris, ses lieux et ses mœurs, de façon éminemment directe et immédiate.

Rengaine
Haut et Court

Rengaine (2012) de Rachid Djaïdani

Retour dans les 18e et 19e arrondissements de Paris (les mêmes que pour Mesrine) avec cette délicieuse variation de Rachid Djaïdani autour de Roméo et Juliette, entre les communautés africaine et maghrébine. Rue des Martyrs, boulevard de Rochechouart, en passant par la Goutte d’Or et le Sacré-Cœur : le 18e est clairement ici à l’honneur, avec quelques détours par Aubervilliers et le boulevard de la Villette. Toutefois, les tribulations pleines d’audace des jeunes héros du film les amènent également à travers le 11e (notamment au bar Aux Trois Passages) et en plein centre de Paris, vers la rue Rambuteau ou l’église Saint-Eustache. Comme quoi la capitale peut nous réserver de belles bouffées d’air frais… Au cinéma, s’entend.

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Jules et Jim (1962) de François Truffaut

Des triangles amoureux, il y en a eu, mais peu sont parvenus à égaler celui de Jules et Jim (et Catherine). Les textes magnifiques d’Henri-Pierre Roché, lus par Truffaut en voix-off, la musique de Georges Delerue, l’interprétation du "Tourbillon" par Jeanne Moreau… Tout dans cette œuvre emblématique de la Nouvelle Vague est désormais devenu culte, et à juste titre. Même si sa morale n’est pas vraiment optimiste – la révolution sexuelle dont Catherine rêve tant s’avère finalement irréalisable –, Jules et Jim reste, avec Harold et Maude, l’un des seuls films romantiques dont le schéma amoureux peut paraître aussi irrévérencieux aujourd’hui qu’il le fut lors de sa sortie.

Playtime (1967) de Jacques Tati

« Je veux que le film commence quand vous quittez la salle » a dit Jacques Tati à propos de Playtime, expliquant ainsi que le but du film était pour le spectateur d’apprendre à ré-enchanter le monde moderne qui l’entoure. Pourtant, le film commence bel et bien quand la bobine démarre et déclenche deux heures de perfectionnisme maladif dans l’art de faire du cinéma. Le génie de Playtime est bien connu : il tient à l’esprit visionnaire de Tati, lequel n’a cessé de tourner en dérision les tares de la modernité tout en les sublimant. Porté par cette foi en sa vision, le cinéaste va déployer des moyens à la démesure de son talent pour créer son chef-d’œuvre. Le budget atteint plus de 15 millions d’euros, ce qui à l’époque est colossal, une somme engloutie notamment dans l’édification de studios immenses en banlieue parisienne. Ces décors somptueux, baptisés « Tativille », permettent au réalisateur de se moquer de l’architecture moderne, en jouant de façon délectable sur les perspectives, les reflets, les transparences, les lignes et les angles. En quelques séquences, le film analyse subtilement la façon dont l’uniformisation géométrique de l’espace engendre l’automatisation des comportements, symbolisée par les mouvements de foule qui emportent souvent monsieur Hulot contre son propre gré...

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Caché (2005) de Michael Haneke

Reprenant le thème du début de Lost Highway de David Lynch – celui d’une famille recevant de mystérieuses prises de vue de sa maison, puis de son quotidien –, Michael Haneke fonctionne comme un musicien de jazz, transformant un motif existant en lui imprimant sa propre marque. Aussi, en lieu et place du délirant cauchemar lynchien, Haneke met en branle une de ces implacables mécaniques scénaristiques qui donnent à ses films des airs de théorème (d’ailleurs, il y a certainement du Pasolini là-dessous). Mécanique dont les rouages se révèlent ici à la fois proches de ceux du Ruban blanc (2009) et de Benny’s Video (1992), pour leur réflexion sur les rapports familiaux, la culpabilité ou l’image. Daniel Auteuil et Juliette Binoche y incarnent un couple friqué évoluant dans le milieu de la culture, brutalement plongé dans une spirale de paranoïa. Mais, sous ses airs de thriller, Caché révèle avant tout une déclinaison nouvelle d’une obsession typiquement hanekienne : la certitude d’une barbarie latente, tapie derrière le paravent fragile des identités sociales.

Belle de jour (1967) de Luis Buñuel

Ayant depuis longtemps tourné la page du surréalisme révolutionnaire dont il fit preuve pour L'Age d'or ou Un chien andalou, Bunuel s'attaque ici au roman éponyme de Joseph Kessel pour offrir un film au classicisme formel maîtrisé, et au sujet « brûlant » (dixit la bande-annonce de l'époque). Belle de jour décrit ainsi les pérégrinations d'une femme mariée insatisfaite sexuellement, et qui commence à travailler dans un bordel de luxe pour y trouver le plaisir qui lui manque. Catherine Deneuve y joue la carte du charme froid et évanescent, Michel Piccoli y est intense et juste (comme à son habitude), et le regretté Pierre Clémenti, à la beauté insolente, y interprète le « loubard » Marcel. Co-signé avec l'indispensable Jean-Claude Carrière (Borsalino, Max mon amour, Le Tambour), Belle de jour égratigne la bourgeoisie (une habitude chez Bunuel), et donnera lieu à une sorte de suite-hommage, Belle toujours, signée par l'étonnant Manoel de Oliveira en... 2006 ! Piccoli y reprendra son rôle quarante ans après.

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Personal Shopper (2016) d'Olivier Assayas

Au milieu de toutes les surfaces miroitantes et des ambiguïtés qui traversent cette histoire de fantômes, envoûtante et incroyablement peu conventionnelle d'Olivier Assayas, une chose est limpide : Kristen Stewart est une putain d'actrice. L'ancienne star de Twilight était déjà l’atout principal du dernier film d'Assayas, Sils Maria, où elle volait tranquillement la vedette à Juliette Binoche. Ici, chineuse de vêtements de haute couture pour une célébrité insupportable – en écho à Sils Maria –, elle est hantée, dans tous les sens, par la récente mort de son jumeau. Apprentie médium, elle squatte l’ancienne demeure de son frère (à Paris donc), la nuit, à la recherche d'une communication avec l’au-delà. Et fait ainsi la connaissance d’un fantôme ou deux. Parmi les nombreux thèmes qui semblent occuper l'esprit d'Assayas, on remarque en particulier le caractère désincarné – et désincarnant – de la communication moderne et des réseaux sociaux, qui semblent faire de nous nos propres fantômes. Et sans doute aucun film à ce jour n'avait encore fait du téléphone portable un tel instrument de tension et d’angoisse. Où la simple mention d’un nouveau SMS peut entraîner un suspense haletant…

Le Dernier Tango à Paris
DR

Le Dernier Tango à Paris (1972) de Bernardo Bertolucci

Film polémique (et pourtant le plus célèbre, sans doute) de Bernardo Bertolucci, Le Dernier Tango à Paris reste particulièrement en mémoire pour ses scènes de disputes ou d’errance sur le pont reliant les stations Bir-Hakeim et Passy, suivant le trajet du métro aérien jusqu’à l’appartement du 1 rue de l’Alboni, dans le 16e arrondissement, où Marlon Brando et Maria Schneider vivent leur étrange et intense passion sexuelle. Toutefois, le film permet aussi de retrouver un hôtel de luxe (le Tivoli Etoile) ou la salle Wagram (tous deux dans le 17e arrondissement), ainsi que les gares de Lyon et Montparnasse, ou le canal Saint-Martin. Et non, non, on ne fera pas de blague sur cette odieuse plaquette de beurre...

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