5 choses à savoir sur… ‘Le Fils de l’Homme’ de René Magritte

Pour connaître l'envers du tableau

© René Magritte / Private Collection'Le Fils de l'Homme', René Magritte, 1964

Partez à la rencontre de ce fameux bonhomme et de sa pomme... 

« Toute chose ne saurait exister sans son mystère », affirmait René Magritte. Chercher à donner un sens à l’un des tableaux les plus énigmatiques de ce peintre, figure emblématique du surréalisme belge, ne semble donc pas chose aisée. Mais qu’importe, les challenges ne nous effraient nullement, surtout si c’est pour vous permettre ensuite d’étaler votre science artistique en public. 

Alors que l’exposition consacrée à René Magritte par le Centre Pompidou touche bientôt à sa fin (le 23 janvier précisément), nous vous proposons de disséquer un peu le fameux ‘Fils de l’Homme’. Peint en 1964 et faisant aujourd’hui partie d’une collection privée, ce tableau sans grande envergure (116 x 89 cm seulement) jouit pourtant d’une renommée internationale. Maintes fois copié par la publicité mais jamais égalé, inspirant jusqu’aux artistes les plus influents – on pense au clin d’œil de Norman Rockwell avec ‘Mr. Apple’ –, ‘Le Fils de l’Homme’ recèle bien des secrets. Approchez, nous allons vous les chuchoter à l’oreille…  

1. Mangez des pommes !

Pas de doute : René Magritte était accro à la pectine. Elément pictural récurrent dans l’œuvre du peintre belge – avec les rideaux et le feu par exemple –, cette pomme verte et lisse, presque irréelle, fait également son apparition dans ‘La Chambre d’écoute’ ou encore ‘Souvenir de voyage’ et ‘Ceci n’est pas une pomme’. Une référence à la pomme du jardin d’Eden, incarnant le péché, la tentation et la condition aussi mortelle que vaine de l’être humain si l’on en croit le titre du tableau lui-même. Le terme « fils de l’Homme » renvoie en effet au Christ, à une dimension presque messianique du personnage central.

Pourtant, « Les titres des tableaux ne sont pas des explications et les tableaux ne sont pas des illustrations des titres », assurait René Magritte. L’artiste laissait d’ailleurs le soin à ses amis de renommer ses œuvres pour lui, leur apportant souvent, par une dénomination paradoxale, un éclairage nouveau et décalé. Alors quoi ? Quel mystère cacherait donc ce fruit défendu ? Et si c’était un autoportrait que nous livrait ici Magritte, en peignant « sa pomme »…

'La Chambre d'écoute', René Magritte, 1952
© René Magritte / Menil Collection, Houston, TX, US

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2. Coucou, tu veux voir Magritte ?

Cette idée d’autoportrait semble corroborée par un autre élément, encore plus significatif : l’homme en costume foncé et cravate rouge. Avec son chapeau melon sur la tête, il n’est pas sans rappeler Magritte lui-même, toujours vêtu de ces attributs. Un « camouflage » selon la formule consacrée du critique d’art néerlandais Abraham Hammacher, pour qui cet habit sombre et austère permettait à cet « inventeur subversif » de se fondre dans la foule indistincte de ses semblables.

Toutefois, Magritte s’est souvent moqué de l’autoportrait – grâce à ‘La Reproduction interdite’ notamment –, qui montre un homme de dos se regardant dans un miroir et renvoyant un reflet illogiquement de dos. Ainsi, le peintre tente de brouiller les pistes et notre perception en dissimulant sa « poire » derrière une pomme. Comme pour nous persuader qu’il ne s’est pas adonné à cet exercice illusoire qu’est la représentation individuelle.

A noter que ce bonhomme stoïque et anonyme, on le retrouve aussi dans ‘Les Mystères de l’horizon’, ‘Décalcomanie’, ‘L’Homme au chapeau melon’, ‘L’Heureux Donateur’ – dont la structure mélange la silhouette du ‘Fils de l’Homme’ et le paysage ténébreux de ‘L’Empire des Lumières’ – ou pleuvant par milliers dans ‘Golconde’.

René Magritte avec son tableau 'Le Fils de l'Homme', photographié par Bill Brandt, 1964. © Bill Brandt

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3. Trois tableaux en un

René Magritte est joueur : il aime dérouter le spectateur avec ses situations insolites, à la fois réalistes par leurs traits et imaginaires, voire oniriques, par ce qu’elles racontent. Mais il aime également associer ses œuvres entre elles, les faire se répondre et même les rendre dépendantes les unes des autres. Pour preuve : le tableau injustement méconnu ‘La Grande Guerre’, que Magritte a réalisé la même année que ‘Le Fils de l’Homme’, apparaît comme le pendant féminin de ce dernier.

Même composition cadrée, même muret en pierres grises, même mer bleue à l’horizon… Seuls diffèrent le ciel, moins nuageux, la femme en robe blanche à la place de l’homme et le bouquet de violettes au milieu de son visage. De même, la femme possède une dynamique, de trois-quarts et portant une ombrelle, tandis que l’homme se tient de face, droit comme un « i ». Une symétrie antinomique qui forme un étonnant diptyque. Qui devient triptyque si l’on ajoute ‘Le Chant des sirènes’ où ‘Le Fils de l’homme’ est cette fois de dos, derrière le muret et accompagné d’une bougie, d’un verre d’eau et d’une feuille fanée.

'La Grande Guerre', 'Le Fils de l'Homme' et 'Le Chant des sirènes'. © Fotor / René Magritte

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4. L’œil de la mort

Et si ces trois tableaux constituaient les trois étapes du deuil ? D’abord il y a la femme, belle et vivante, il fait beau et c’est sans doute l’été ou le printemps. Un jour, elle disparaît et soudain le ciel s’assombrit, l’hiver glace le cœur de l’homme d’une tristesse peut-être symbolisée par ce fruit de saison qu’est la pomme. Puis l’homme se détourne de nous, du monde, pour aller se jeter dans la mer où noyer son désespoir.

Ceci n’est sans doute qu’hypothèse, néanmoins, on est en droit de penser qu’elle s’avère plausible compte tenu de sa résonnance avec la vie privée du peintre. En 1912, alors que René Magritte n’a que 14 ans, sa mère se suicide en chutant dans la Sambre. Elle est repêchée, la tête recouverte par sa chemise de nuit ne laissant dépasser que son œil gauche. Une image qui hantera toute sa vie l’artiste et que l’on retrouve d’ailleurs dans ‘Le Fils de l’Homme’. Regardez bien : derrière la pomme, seul un œil dépasse… le gauche. 

© René Magritte / Collection privée

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5. Une affiche publicitaire ?

« C'est moins dans les musées et les salles d'exposition que l'on peut aujourd'hui voir la postérité de Magritte que dans les rues, par de grandes affiches publicitaires », écrivait l’historien de l’art Georges Roque en 1983, dans son ouvrage ‘Ceci n'est pas un Magritte’. Et si l’œuvre de Magritte se détourne si bien en réclames, ce n’est pas par hasard : avant de devenir un peintre reconnu, René Magritte était dessinateur de publicités.

Des « travaux imbéciles » comme il les appelait affectueusement, qui ont forgé son style simple et épuré, facile à imiter. En témoignent l’arrière-plan composé de trois bandes horizontales, les couleurs affirmées de ce paysage sobre, lisse, neutre et les formes schématisées (une pomme bien ronde, des épaules bien carrées, etc.). L’efficacité sans la complexité (apparente du moins), tel semble donc être le credo de Magritte… et de la publicité ! 

© DR

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