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5 choses à savoir sur… ‘Les Tournesols’ de Vincent van Gogh

Pour connaître l'envers du tableau

© neftali / Shutterstock.com

Avec ‘L’Eglise d’Auvers-sur-Oise’ – petite commune en périphérie de Paris où il fait bon d'entreprendre une escapade artistique sur les pas des peintres impressionnistes – et ses nombreux ‘Autoportraits’, ‘Les Tournesols’ est l’œuvre la plus connue de Vincent van Gogh. Ou plutôt les œuvres puisque ‘Les Tournesols’ se présentent comme une série de sept tableaux peints entre août 1888 et janvier 1889. Aujourd’hui, il n’en reste plus que six, ‘Vase avec 5 tournesols’ ayant été détruit le 6 août 1945 au cours d'un incendie déclenché par un bombardement américain, peu avant la capitulation japonaise. Mais leur renommée, elle, demeure immuable aux quatre coins du monde.

Néanmoins, si nous sommes tous capables de dire à quoi ressemblent  ‘Les Tournesols’, nous ne savons pas forcément que ces toiles internationalement admirées recèlent sous leurs couches de peinture quelques petits secrets. Ensemble, grattons donc le vernis pour mieux les révéler…

1. Des ‘Tournesols’ très humains

A l’image de n’importe quelle nature morte, ‘Les Tournesols’ représentent des objets inanimés. En l’occurrence un vase en terre cuite débordant de tournesols, ces « soleils des jardins » aux pétales jaunes colza et au centre marron. Enfin, ça c’est ce que l’on croit à première vue. En vérité, ces ‘Tournesols’ sont la personnification végétale de l’Homme. Le peintre a en effet composé un bouquet fait de fleurs à tous les stades d’évolution : en bouton, épanouies, fanées, en graines… Une subtile métaphore du temps qui passe, allant de la vie à la mort. De même, les têtes des tournesols, aux pétales ébouriffés, ne vous font-elles pas penser à des visages échevelés ? 

Au lieu d’être figés, ‘Les Tournesols’ s’avèrent donc bien vivants et dynamiques. Détournant ainsi, avec audace, les codes classiques du genre.

© Pitheadgear

2. Une œuvre en voie d’extinction

Alerte rouge (ou plutôt alerte jaune) ! ‘Les Tournesols’ sont menacés de disparition. Pour cause : les couleurs jaune de chrome qui forment l’essentiel de la toile sont extrêmement sensibles à la lumière, notamment celle des LED. La conservation de cette série emblématique est donc l'un des enjeux artistiques majeurs de ces prochaines années. Surtout que ce pigment est utilisé par l’artiste dans presque tous ses tableaux.

D’ailleurs, pourquoi van Gogh abusait-il ainsi de cette nuance mordorée ? Passionné d’estampes japonaises, le peintre avait fait de sa palette aux couleurs vives une véritable caractéristique. Mais son penchant pour l’art nippon n’est pas l’unique explication : un facteur médical se cache derrière la principale raison. Vincent van Gogh souffrait d’épilepsie. Une pathologie que son ami le docteur Gachet lui préconisait de soigner par l’absorption de digitale, une plante ayant pour effet secondaire l’apparition d’une vision teintée de jaune (comme à travers des lunettes de ski). Une altération de sa perception que le peintre transposa dans ses œuvres. A défaut de voir la vie en rose… 

'Sunflowers', Vincent van Gogh, 1889  © Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)

3. Un tableau pour la déco de Gauguin

Au départ, Vincent van Gogh a peint les quatre premiers ‘Tournesols’ afin de décorer la chambre à coucher de son ami et confrère Paul Gauguin, qui venait alors lui rendre une petite visite à Arles. Une décoration, semble-t-il, au goût du peintre chef de file de l’Ecole de Pont-Aven puisqu’il repartira avec une singulière exaltation pour les tournesols. Preuve en est : il en fera planter dans ses jardins à Tahiti, puis plus tard dans les îles Marquises. Un hommage à celui qu’on surnommait le « Hollandais fou » et qui se suicida en 1890 ? Peut-être bien car, malgré une amitié plus que houleuse – ce serait d’ailleurs à la suite d’une de leurs disputes que le peintre néerlandais se serait tranché l’oreille –, les deux hommes avaient un profond attachement l’un pour l’autre. 

'Van Gogh peignant des tournesols' par Paul Gauguin (1888)
 © Shutterstock/Everett - Art

4. Des tournesols qui ne valaient pas un clou

Alors que l’un des ‘Tournesols’ a été adjugé à 39,9 millions de dollars chez Christie’s en 1987 – une somme exceptionnelle sur le marché de l’art à l’époque –, cette série de tableaux n’a jamais fait la fortune de l’artiste. De son vivant, Vincent van Gogh n’a en effet vendu qu’une seule œuvre : ‘La Vigne rouge’. Et il n’en a pas tiré grand-chose : 400 francs (soit environ 800 €). Le premier achat d’un tableau des ‘Tournesols’, lui, date de 1891. Soit un an après la mort de van Gogh. C’est l'écrivain Octave Mirbeau qui l’a acquis pour une poignée de francs là encore. 

Quand on sait dans quel dénuement a, toute sa vie, vécu le peintre, le paradoxe (voire l’injustice) est donc d’autant plus flagrant. De quoi inspirer au chanteur français Jean Ferrat la chanson ‘L'Homme à l'oreille coupée’, dénonçant les prix stratosphériques échangés sur le marché de l’art parallèlement à la condition financière déplorable qui est trop souvent le lot quotidien de bien des artistes.

'Autoportrait' de Vincent van Gogh (1889)  © Shutterstock/Everett - Art

5. Prends-en de la graine !

Influencé par l'impressionnisme et le pointillisme, annonciateur du fauvisme et de l'expressionnisme, Vincent van Gogh eut de l'impact (et aujourd'hui encore) sur l’art moderne. Son coup de pinceau innovant, qui balaya sans ménagement un classicisme convenu, a laissé des traces toujours bien visibles. Et ce dans tous les domaines créatifs, du cinéma à la mode (Louboutin, Rodarte...) en passant par la publicité et l’horticulture. Ainsi, ‘Les Tournesols’ ont insufflé à l’artiste américain Stan Herd un tableau plutôt singulier, mesurant en effet plus de 5 000 m2 et intégralement constitué… de végétaux. Pionnier du crop art, ce jardinier pas comme les autres a tout simplement reproduit le célèbre tableau de van Gogh en délaissant les tubes de gouache au profit des céréales et des légumes, un peu à la façon d’Arcimboldo. Une œuvre qu’il lui a fallu cultiver pendant plus de six mois.  

Dans un autre registre, ‘Les Tournesols’ furent aussi détournés sur toasts : après tout, l’art ne mange pas de pain…

'Les Tournesols' revisités par Stan Herd  © Carol Pietrantoni

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