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5 choses à savoir sur… ‘Les Nymphéas’ de Claude Monet

Pour connaître l'envers du tableau

© flickr/fmpgoh

« Paysage d’eau », « aquarium fleuri »… Claude Monet ne manquait pas de périphrases pour décrire ce qui fut, de l’avis des experts et autres critiques d’art, le tableau le plus emblématique de sa longue carrière. Peintre fondateur du mouvement impressionniste – dont certaines œuvres sont actuellement présentées au musée Jacquemart-André, dans le cadre de l’exposition ‘Atelier en plein air’ –  et amoureux de la nature, Claude Monet était en effet un peintre paysagiste de génie. Son jardin de Giverny fut d’ailleurs l’un de ses sujets picturaux favoris. En témoignent ‘Les Nymphéas’ donc, mais aussi le fameux ‘Pont japonais’ que l’on peut observer au Musée d’Orsay de Paris.  

Néanmoins, méfiez-vous de l’eau qui dort : ces apaisants et hypnotiques nénuphars blancs recèlent quelques petits secrets abyssaux dans lesquels nous vous proposons de plonger tête la première.

1. ‘Les Nymphéas’… en 250 exemplaires

On pense souvent que ‘Les Nymphéas’ ne sont qu’un seul tableau : mais c’est faux ! Ils sont en fait une série d'environ 250 peintures à l'huile réalisées par Claude Monet durant les trente dernières années de sa vie. Il faut dire que l’artiste était très friand du principe de série, qui consiste à représenter un sujet ou un motif à différentes heures de la journée ou sous le prisme de diverses saisons. Ainsi en fut-il des ‘Nymphéas’, mais aussi de la ‘Cathédrale de Rouen’ ou de la ‘Gare Saint-Lazare’.

Cette production en chaîne dont Claude Monet fut le précurseur inspira d’autres virtuoses tels Vincent van Gogh, Paul Cézanne ou plus récemment Andy Warhol et Roy Lichtenstein. Comme un hommage, ce dernier revisita d’ailleurs la Cathédrale de Rouen en lui appliquant son procédé de points de trame pour sa série de cinq toiles 'Manufactured Monet'. 

Série des 'Cathédrales de Rouen' par Claude Monet, (1892 - 1894).  © Pinterest/Claude Monet

2. Observer la dégénérescence oculaire de Monet au fil des ‘Nymphéas’

Entre 1895 et 1926, années au cours desquelles il peint ‘Les Nymphéas’, Claude Monet perd la vue… Et cela se voit ! Notamment au travers de ses peintures qui deviennent plus abstraites, passant du réalisme au lyrisme pictural. A l’image de radiographies médicales, les toiles du maître suivent l’évolution de la cataracte dont souffre l’artiste. Pour ‘Les Nymphéas’, les détails se diluent ainsi dans une onde floue tandis que les teintes varient et se découvrent plus aléatoires. En fonction qu’il regarde son environnement avec son œil droit ou son œil gauche, Claude Monet en vient même à peindre des monochromes rouges ou bleus. Une vision particulière qui ouvre, avec sérendipité, son champ des possibles créatifs.

A la limite de la cécité, le peintre accepte finalement de se faire opérer en 1923, mais seulement de l’œil droit. Une correction optique qui ne satisfera pas l’artiste, au contraire, puisqu’il refusera catégoriquement de subir une chirurgie de l’œil gauche. Sans doute parce la perception émotionnelle de son travail s’en serait trouvée altérée. 

'Les Nymphéas' de Claude monet, peint en 1905, alors que la cataracte du peintre n'est pas encore déclarée. 'Les Nymphéas' de Claude monet, peint en 1916-1919, alors que la cataracte du peintre altère vraiment sa perception.  © Fotor CG/Musée d'Orsay/Museum of Fine Art Boston

3. Une installation spéciale pour une immersion totale

Chaque composition des ‘Nymphéas’ mesure 2 mètres de haut sur 6 à 17 mètres de long. Autant dire que, mis bout à bout (comme c’est le cas au Musée de l’Orangerie qui compte huit grands panneaux), l’ensemble forme une surface d’environ plusieurs centaines de mètres carrés qui avale littéralement celui qui l’admire. Mais, ne vous y trompez pas : cet effet de tsunami pictural est délibéré. Claude Monet a en effet pensé et réalisé ‘Les Nymphéas’ – qui demeure l’une des œuvres les plus monumentales du XXe siècle – afin qu’ils soient suspendus en cercle. Comme si une journée ou une année de quatre saisons s'écoulaient sous les yeux du spectateur, sans discontinuer. Preuve que Claude Monet est un génie complet, à la fois artiste et scénographe, impliqué du dessin préparatoire de son tableau à son accrochage.

Musée de l'Orangerie, 'Les Nymphéas' de Monet © Oliver Knight

4. Un testament artistique et une ode à la paix

Claude Monet ne s’en est jamais caché : il a explicitement conçu ‘Les Nymphéas’ comme un « asile », une retraite visuelle pour l’Homme qui vit alors des heures sombres. Il ne faut en effet pas oublier que cette série s’inscrit dans la période pré et post-Grande Guerre. Désireux d’apporter un message universel d’espoir et de paix après le carnage de 14-18, Claude Monet représente ainsi une nature poétique élémentaire et intemporelle, vide de toute présence humaine. Un peu comme un jardin d’Eden ignorant les atrocités commises par la civilisation urbaine.

Pour pousser au maximum la vision humaniste de ce qui est, sans conteste, son testament artistique, Claude Monet offrira même ‘Les Nymphéas’ à la France par le biais d’une lettre adressée à son grand ami et politicien de renom, Georges Clemenceau. La date de cette correspondance (le lendemain de l’armistice du 11 novembre 1918) donne d’ailleurs la portée sciemment historique de son geste. Parce que ça ne lui suffisait pas d’être un pilier de l’art, il fallait aussi qu’il laisse sa trace (de pinceau) dans l’Histoire…

Claude Monet dans son jardin japonais de Giverny. © DR

5. ‘Les Nymphéas’, source d’inspiration multiple

Lorsqu’on contemple ‘Les Nymphéas’, on a la sensation que le décor déborde et se poursuit hors de son cadre. Une technique avant-gardiste appelée « all over » qui fut une source d’inspiration primordiale pour les jeunes artistes de l’« expressionnisme abstrait » des années 1950. Et notamment pour le chef de file de ce mouvement conceptuel, Jackson Pollock. Avec son fameux « dripping » (soit la peinture qui goutte en s’écoulant), l’artiste a grandement été influencé par ‘Les Nymphéas’ de Monet dans la structure de ses toiles, ainsi que le souligne le critique d’art américain Clement Greenberg.

Mais « Jack L’égoutteur » ne fut pas le seul à puiser son inspiration dans le bassin aux nénuphars. Roy Lichtenstein, qui apprécie beaucoup l’œuvre de l’impressionniste, a également transposé ‘Les Nymphéas’ dans sa série ‘Water Lilies’. Tout comme Gerhard Richter avec ses ‘Abstraktes Bild See’ ou encore la plasticienne et sculptrice Sarah Maloney. Pour cause : il n’y a que les chefs-d’œuvre immuables qui engendrent autant de ramifications artistiques à travers le monde. A l’image de nénuphars envahissant de leur beauté un étang. 

'Water Lily Pond with Reflections', 1992, Roy Lichtenstein  © Flickr/Rocor

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