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5 choses à savoir sur... ‘Le Cri’ d'Edvard Munch

Pour connaître l'envers du tableau

'Le Cri' de Munch révèle ses secrets... Mais n'allez pas le crier sur tous les toits !

Un ciel ardent, couleur sang, étouffant une mer sombre et déchaînée qui bat une fragile balustrade en bois sur laquelle un être spectral s’avance, la bouche déformée par un gémissement hideux. Et dans le haut, à gauche, deux ombres inquiétantes, silhouettes fantomatiques, marchant d’un pas lourd et menaçant vers l’horizon, cernant la scène qui n’offre aucune échappatoire. Des frissons vous hérissent l’épiderme ? C’est normal, vous contemplez l’un des tableaux les plus anxiogènes de sa génération : ‘Le Cri’ d’Edvard Munch.

Ce ‘Cri’ a été poussé à la fin du XIXe siècle, en 1893 exactement, dans la société scandinave conformiste, puritaine et bourgeoise. Alors autant dire que ce tableau avant-gardiste, présenté au public la même année, dans un ensemble de six peintures appelées « la Frise de la Vie », a largement fait grincer des dents. Et même provoqué la fondation de la Sécession viennoise, courant artistique généralement rattaché à l’art nouveau. Pourtant, bien que son art qualifié de « dégénéré » par les nazis ait longtemps été critiqué, Munch n’en demeure pas moins un pionnier de la peinture moderne (au même titre que Van Gogh, lui aussi décrié en son temps). Preuve en est : il fait actuellement l'objet d'une rétrospective groupée avec Hodler et Monet au musée Marmottan.

Quant au ‘Cri’, c'est une œuvre qui fait grand bruit encore aujourd’hui. Notamment parce qu'elle tait quelques petits secrets... 

1. Celui qui crie n’est pas celui qu’on croit

A première vue, ‘Le Cri’ de Munch représente un être qui, effrayé par une chose hors-champ, se met à pousser un cri de terreur. Or, ceci est une interprétation erronée ! En vérité, le personnage central du tableau qui ne serait autre que le peintre lui-même, à en croire la note associée à cette œuvre  est bel et bien horrifié, mais par un hurlement qui ne sortirait pas de sa bouche. Et il ne se prendrait pas la tête dans les mains, comme on l’imaginait, mais se boucherait les oreilles en entendant ce cri glaçant venu d’ailleurs. Voire peut-être irréel et fruit d’une hallucination, compte tenu de la dimension autobiographique de cette œuvre. Homme tourmenté et hanté par une enfance difficile, Edvard Munch était en effet la proie de délires fantasmagoriques. En témoigne un texte de son journal de notes, faisant directement allusion au ‘Cri’ : « Le soleil se couchait. […] Le bleu, pâle et terne, le jaune et le rouge taillaient le fjord. Le rouge sang explosait et éclaboussait le sentier de la rambarde... J'ai senti monter un grand cri et j'ai entendu ce grand cri. » Cette toile serait donc l’incarnation de son mal-être, d’où sa puissance perturbante.

Edvard Munch   © Apic

2. Un volcan en fait voir de toutes les couleurs à Munch

‘Le Cri’ se décline dans des tons rouges orangés affirmés et plutôt inédits. Mais pourquoi une telle palette flamboyante ? L’explication serait tout simplement climatique ! A la fin des années 1880-1890, Edvard Munch aimait s’inspirer des couleurs et de la lumière qui peuplaient ses balades dans la campagne norvégienne. Or, c’est à cette période (en 1883 précisément) que le Krakatoa, volcan du Pacifique, entra en éruption, provoquant des dérèglements météorologiques visibles aux quatre coins de la planète. Et notamment des couchers de soleil rougeoyants dans le ciel européen qui auraient influencé le nuancier de Munch : CQFD ! Pour autant, la symbolique chromatique du rouge n’est pas indifférente aux volontés propres de l’artiste puisqu’elle renvoie au feu, au sang et à la souffrance, tout comme les touches de bleu-noir dans la lande préfigurent la mort et le vide. Plutôt logique dans un tableau empreint d’une telle violence et d’un réel malaise.

Le volcan Krakatoa   © indonesiainpictures

3. Une toile, cinq versions

Nous connaissons tous la première version du ‘Cri’ conservée à la National Gallery d’Oslo. Ce que nous savons moins, en revanche, c’est que ce ‘Cri’ n’est pas l’unique enfant de Munch mais bien l’aîné d’une grande fratrie. L’artiste a en effet réalisé cinq variantes de sa plus célèbre toile : une pastel de 1895, qui appartenait au milliardaire norvégien Petter Olsen et fut vendue aux enchères, en mai 2012, pour la somme record de 119,92 millions de dollar. Une tempera sur carton de 1910, semblable à l’initiale – c’est elle qui fut victime d’un vol au Munch Museum d’Oslo en février 1994 mais heureusement retrouvée trois mois plus tard. Une quatrième mouture réalisée au crayon à papier, elle aussi visible à la National Gallery d’Oslo. Et enfin une lithographie datée de 1895, œuvre rarissime puisque sa pierre à impression a été détruite peu après.

© Fotor/Clotilde Gaillard

4. Le visage de la momie

A qui l’homme effrayé emprunte-il ses traits déformés par la peur ? A une momie, si l’on en croit l'historien de l'art américain Robert Rosenblum (chercheur pour l’Université d’Oxford et Chevalier de la Légion d’honneur, donc une valeur sûre a priori). Cet érudit monsieur aurait en effet découvert une ressemblance singulière entre le tableau de Munch et une momie chachapoyas du Pérou, que le peintre aurait croisée lors d'une exposition à Paris. Une momie, aujourd’hui en lieu sûr au musée de l’Homme du Trocadéro, qui aurait également inspiré Paul Gauguin pour son tableau ‘La Vie et la Mort’. Le peintre français l’aurait même incrustée dans le coin gauche d’une autre de ses œuvres, le fameux ‘D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?’. Ces trois interrogations forment d’ailleurs l’intitulé du nouveau parcours du musée de l’Homme, réouvert en 2015. Alors, hasard ou hommage ?

© Foto/ Clotilde Gaillard / Paul Gauguin

5. ‘Le Cri’ a fait des petits

Comme le dit si bien le Financial Times : « Dans une société plus mouvementée, multiple et désorientée que jamais, ‘Le Cri’ représente parfaitement nos différents états d'anxiété. » Le quotidien économique affirme même que ‘Le Cri’ est la deuxième œuvre d’art la plus reconnaissable, après La Joconde. Pas étonnant donc que ce tableau fasse l’objet de maintes reproductions, détournements ou copiages flagrants dans le monde de l’art mais aussi de la pop-culture. Outre Andy Warhol qui sérigraphia à tour de bras le motif du personnage hurlant, on peut ainsi citer le Ghostface personnifié dans la saga de films d'horreur ‘Scream’ par Wes Craven, l'affiche du film ‘Maman j’ai raté l’avion’, la figure squelettique de Jack dans le bien nommé ‘Etrange Noël de Monsieur Jack’ par Tim Burton ou encore une campagne de publicité M&M’s, tous ayant pris pour modèle le célèbre ‘Cri’, avec plus ou moins de fantaisie et de talent. Bref, ‘Le Cri’ a eu de nombreux échos. 

© Fotor / Clotilde Gaillard / DR

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